Euthanasie et prévention du suicide : le paradoxe

5 Juin, 2023

Alors qu’un projet de loi sur la fin de vie doit être présenté au parlement en septembre prochain, « la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté viendrait déstabiliser l’écosystème préventif français » en créant une situation paradoxale, estime le Collectif Hippocrate (cf. Fin de vie : nouvel avis du CESE en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté). « Nous sauverions des gens contre leur gré d’une main, tandis que de l’autre nous donnerions la mort sur demande ».

9.000 suicides par an

Souffrant de troubles mentaux, de traumatismes divers ou d’une situation instable due au chômage ou à de faibles revenus, environ 9.000 personnes se suicident chaque année en France. En 2020, 25% des Français ont perdu un proche de cette façon.

Dans un objectif de prévention du suicide, plusieurs mesures ont donc été mises en place telles qu’une formation des professionnels de santé, la mise en place d’un numéro national et un dispositif de rappel téléphonique pour éviter les récidives. Plusieurs associations ont également créées. Mais « que pourront dire les associations aux individus souhaitant mettre fin à leurs jours si, dans le même temps, la société autorise et même aide ceux qui le souhaitent à se tuer ? » interroge le Collectif Hippocrate (cf. Le suicide assisté : « une contradiction dans les termes »).

La remise en cause de la non-assistance à personne en danger

La légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté viendrait en contradiction avec le devoir d’assistance aux personnes en danger (cf. « J’ai été suicidaire », « ce mot de suicide assisté ne passe pas »). « La condamnation pour non-assistance à personne en danger n’aura (…) plus de sens. Si l’on accepte d’aider les personnes souhaitant se suicider à le faire, alors il serait illogique de condamner un individu qui laisserait quelqu’un mourir après une tentative de suicide, voire qui abrègerait ses souffrances. »

En outre, elle banaliserait l’acte suicidaire et pourrait avoir un effet incitatif sur les personnes fragiles (cf. Canada : Lutter contre le « suicidisme » en prônant le suicide assisté). Une conséquence rapportée par le professeur David Albert Jones dans le Journal of Ethics in Mental Health [1]. « L’introduction de l’euthanasie ou du suicide assisté est suivie d’une augmentation considérable du nombre de suicides (y compris du suicide assisté). Il n’y a aucune réduction du nombre de suicides non-assistés du fait de la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté, voire, dans certains cas, il peut y avoir une augmentation relative ou absolue du nombre de suicides non-assistés », décrit-il.

En regroupant les données sur 10 Etats américains qui ont légalisé une « forme de mort administrée », on a constaté une hausse de 6,3% du nombre total de suicides [2]. De même en Europe, les tendances sont similaires.

« Un projet de loi sur le sujet ne peut faire l’économie de cette question » conclut le Collectif Hippocrate, qui soulève la nécessité d’une étude d’impact.

 

[1] David Albert Jones, Euthanasia, Assisted Suicide, and Suicide Rates in Europe, Journal of Ethics in Mental Health, 7 février 2022

[2] David Albert Jones, David Paton, How Does Legalization of Physician-Assisted Suicide Affect Rates of Suicide?, Southern Medical Journal, octobre 2015

Source : Mediapart, Collectif Hippocrate (02/06/2023)

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