Euthanasie au Portugal : le « suicide non comme une transgression mais comme un soin »

Publié le : 9 février 2021

Revenant sur le vote de l’euthanasie par le Portugal (cf. Euthanasie : le Portugal dans les pas de la Belgique) dans une tribune pour le journal Le Figaro, Damien Le Guay philosophe et président du Comité National d’Ethique du Funéraire, se dit « frappé par l’absence de commentaires, d’appréciations des propositions mortelles que cette loi va entraîner dans les hôpitaux, comme si tout cela allait de soi, et qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter ».

« Au Portugal, l’opinion publique est contre. Massivement contre. Dans une immense majorité contre », affirme le philosophe. « En 2018 un projet du même acabit avait été proposé au Parlement, puis repoussé, rappelle-t-il (cf. Le Parlement du Portugal rejette l’euthanasie). Les sondages alors indiquaient que seuls 8% des Portugais étaient favorables à l’une ou l’autre des formules pro-euthanasie. » (cf. Les Portugais plus favorables aux soins palliatifs qu’à l’euthanasie). Et en octobre dernier « l’idée d’un référendum avait été lancée par ceux qui s’opposaient à l’euthanasie, une vaste pétition avait recueilli une masse de signataires pour laisser le peuple trancher directement », avant d’être rejetée par le Parlement (cf. Portugal : pas de référendum sur l’euthanasie, le processus législatif reprend).

Un contournement de l’opinion ?

Pour Damien Le Guay, « il y a là quelque chose qui s’apparente à un contournement de l’opinion par une manœuvre des partis, surtout de gauche ». « Le pays est contre, le Parlement est pour. Si le peuple est contre, il faut le contourner. Si le recours au référendum est trop risqué, la gauche sociétale passe outre. » « Comme souvent, le souci des citoyens n’est pas celui des parlementaires et l’agenda des uns n’est pas celui des autres », estime le philosophe qui rappelle que les dernières élections législatives, qui avaient eu lieu en 2019, « ne portaient pas en priorité sur cette question, mais avant tout sur les questions économiques ».

Légiférer sur l’euthanasie dans un contexte de pandémie ?

Damien Le Guay pointe la situation que traverse le Portugal face au Covid, « bon dernier des pays européens » avec un système public de soins « pas à la hauteur », des « services d’urgence saturés », un « manque de lits », « du matériel défaillant », des pompes funèbres « débordées ». Il souligne que « c’est justement à ce moment-là » que « les lobbies pro-euthanasique ont fait une offensive idéologique ». Alors que « depuis un an, tout est fait, justement, pour ne laisser mourir personne, pour se donner tous les moyens de soigner jusqu’au bout ».

« Quel lien établir entre la pandémie et la promotion de l’euthanasie ? interroge Damien Le Guay. Aucun a priori. Au moment même où les gouvernements et l’Europe se mobilisent, comme jamais, avec des moyens financiers vertigineux, au prix même d’un arrêt partiel de l’activité économique, pour « sauver des vies« , au nom d’une nouvelle priorité, celle de la vie des corps, certains n’hésitent pas à mettre en avant l’euthanasie » (cf. Euthanasie : l’autre épidémie en Europe ?).

« Le Portugal a une offre palliative des plus faibles, note Damien Le Guay. Seuls 20 % des Portugais peuvent en bénéficier, et encore avec une qualité faible. » Et « rien n’est fait pour renforcer cette offre, lui donner des moyens supplémentaires, faire en sorte que l’inégalité devant la mort soit réduite ». « Comme toujours, l’alternative palliative n’est pas considérée comme indispensable, même si elle est louée, regrette le philosophe. Elle doit rester belle, mais pauvre. Dès lors, si « on meurt mal » ici ou là, l’euthanasie apparaît comme une solution. CQFD. »

Le début de la « pente glissante »

« La proximité immédiate de la mort n’est pas reconnue comme un critère » par la loi votée par le Portugal souligne Damien Le Guay. Une « forme d’euthanasie préventive » qui « ouvre la porte à bien des demandes » prophétise-t-il. « Dans ces conditions, l’aide active à mourir pourra être pratiquée dans des hôpitaux publics, mais aussi dans les cliniques privées. Il s’agit de proposer la mort, d’aider à mourir, de considérer le suicide non comme une transgression mais comme un soin, de pervertir l’offre de soin des médecins. » Avec des « critères d’encadrement » qui seront « petit à petit supprimés », comme en Belgique (cf. Euthanasie en Belgique : toujours plus).

Source : Le Figaro, Damien Le Guay (08/02/2020)

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