Etats-Unis : création de la première bactérie au génome synthétique

Publié le : 25 mai 2010

"Des scientifiques ont créé la première cellule contrôlée par un génome synthétique". C’est par ces mots que la revue américaine Science a annoncé, le 21 mai 2010, la réalisation de l’équipe du biologiste américain Craig Venter. Nombreux sont les médias qui parlent de création d’une cellule vivante, reprenant les mots du scientifique et homme d’affaires.

Les biologistes ont choisi un génome (ensemble des gènes constitués d’ADN) petit et simple qu’ils ont entièrement séquencé. Il s’agit du génome de la bactérie, Mycoplasma mycoides, agent infectant les bovidés. Après le séquençage, ils ont pu procéder à une synthèse chimique des morceaux du génome par ordinateur, et reconstituer le génome complet du M. micoide, ajustant à la suite des séquences d’ADN synthétisées, comptant au total 1 000 000 de caractères. C’est ce génome artificiel que l’équipe de Craig Venture a injecté dans une autre bactérie, Mycoplasma capricolum, le mycoplasme de la chèvre préalablement vidée de son propre génome. Cette dernière est naturelle. Il s’agit donc en réalité d’une cellule vivante et fonctionnelle dont seul le génome est synthétique. Ainsi que le dit Joël de Rosnay, docteur en Sciences, "[L’homme] n’a pas créé la vie ! Il a transféré un programme génétique sous forme d’ADN synthétique dans une bactérie vidée de tous les programmes qui la faisaient fonctionner et vivre."

Résultat : la nouvelle bactérie survit, se divise, fonctionne en suivant les instructions de son nouveau génome. Si bien que les protéines de chèvre sont progressivement remplacées par celles de bovidés. Placé dans une cellule "porteuse" fournie par un autre mycoplasme, cet ADN synthétique a pris les commandes du système et initié des divisions cellulaires.

"Jusque-là, on savait intégrer un, deux ou trois gène(s) dans le génome d’une cellule – ce sont les OGM. Cette fois-ci, il s’agit d’un génome entier", explique Axel Kahn, biologiste et président de l’université Paris-Descartes. "C’est une prouesse technologique, mais pas la révolution décrite dans la presse", tempère le président d’honneur de France Biotech, Philippe Pouletty.

Les applications potentielles semblent nombreuses, "cette nanobiologie va sans doute permettre de mettre au point des bactéries synthétiques capables de produire telle ou telle molécule intéressante pour  l’homme", estime Philippe Marlière, généticien : des algues capables de capturer le CO2, principal gaz à effet de serre, ou de produire des carburants propres. Ainsi que des bactéries susceptibles d’accélérer la production de vaccins, ou encore des ingrédients pour purifier l’eau. Le Craig Venter Institute a déposé des brevets recouvrant  certaines des techniques  décrites dans les travaux publiés par Science.

Les scientifiques semblent cependant être conscients des risques : les nouvelles bactéries seront cultivées dans des milieux dûment surveillés. Elles ne pourront être nourries que par quelques substances n’existant pas dans la nature et donc, si certaines d’entre elles parvenaient à s’échapper, elles mourraient. La séquence d’ADN synthétique contient des délétions et polymorphismes de gènes visant à empêcher que la bactérie ne puisse croître en dehors du laboratoire.

Pour Pat Mooney, directeur de l’ETC Group, organisme international privé de surveillance des technologies, cette invention est une "boîte de Pandore" : "la biologie synthétique est un champ d’activité à haut risque mal compris, motivé par la quête du profit. Nous savons que les formes de vie créées en laboratoire peuvent devenir des armes biologiques et menacer aussi la biodiversité naturelle".

Le Monde 21/05/10 - Le Quotidien du Médecin (Dr Véronique Nguyen) 21/05/10 - France 2.fr (Angel Herrero Lucas) 24/05/10 - La Croix (Denis Sergent) 25/05/10 - Le Figaro 21/05/10 - Libération 23/05/10

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