Enfants transgenres : « respecter la parole de l’enfant, ce n’est pas prendre son propos à la lettre »

Publié le : 12 octobre 2020

Quand un « enfant transgenre » demande à changer de sexe,  ce « désir apparent » est à « prendre avec des pincettes », analyse Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste. La semaine dernière, Lilie/Vincent, 8 ans, a suscité de nombreuses réactions sur le plateau du Quotidien. Sous les regards bienveillants de sa mère, le petit garçon, avec jupe et boucles blondes, exprimait qu’il se « sentait fille ». « Que faut-il en penser ? » interroge le spécialiste.

Se garantir d’être mieux aimé

En réalité, un enfant est d’abord « prêt à tout pour plaire au regard de ses parents ». Il porte « une attention aigüe » à ce que ses parents semblent avoir attendu de sa venue au monde, pour capter leur amour : « Voulaient-ils avoir un fils ou bien une fille, auraient-ils été plus contents avec un enfant de l’autre sexe que le mien ? ». Et parfois s’impose alors à l’enfant « l’idée qu’être de l’autre sexe lui garantirait d’être mieux aimé », notamment chez des garçons timides, ou des filles « garçon manqué ».

Etre fille ou garçon, c’est une question que tous les enfants se posent, à l’aube de leur vie affective naissante. D’autant plus que le fait qu’il y ait deux sexes, masculin et féminin, est au début une « notion floue », qui se résume souvent à « une différence corporelle qui les intrigue ». Quand on classe « transgenres » ces enfants qui ressentent une appartenance au sexe opposé, on ne fait qu’ « éluder les interrogations affectives tourmentées dont émane ce vœu ». On les élude « en plaidant l’explication réductrice imputant à la ‘Nature’ une erreur qu’elle aurait commise en affectant un corps de garçon à une âme de fille ou réciproquement » (cf. Les mineurs face au changement de sexe : « des violences inédites contre les enfants »).

Ne pas traiter l’enfant comme un petit adulte

Alors, que faut-il faire, face à ces enfants ? « Respecter la parole de l’enfant, ce n’est pas prendre son propos à la lettre, ce n’est pas le traiter comme un petit adulte qui maîtriserait des données qui lui demeurent énigmatiques », répond le pédopsychiatre. A cet âge, une telle demande « traduit une perplexité qu’il convient d’abord de comprendre ; perplexité sur ce qu’est être garçon ou être fille, perplexité sur la façon d’être soi-même ». En s’adressant aux associations militantes, on éluderait cette perplexité. Il convient en effet de « se méfier des traitements trop hâtivement prescrits, notamment d’inhibition de la puberté, à la manière anglosaxonne ».

Mieux vaut au contraire « ouvrir la réflexion sur ce que la demande de l’enfant veut dire », explique Christian Flavigny. Les parents ne doivent pas craindre, explique-t-il, les « désarrois » cachés derrière les demandes de l’enfant, mais plutôt « se mettre à leur écoute » et ne pas hésiter à se faire aider pour mieux comprendre leur enfant. Et cette aide psychologique sera plus « accueillante aux questionnements de l’enfant », des questionnements « qui pour l’essentiel se résument au besoin d’être aimé et de se sentir compris ».

Source : Le Figaro, Christian Flavigny (08/10/2020)

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