Enfants transgenres : il faut espérer que l’expérience de Keira Bell éclairera Sasha (Olivia Sarton)

Publié le : 7 décembre 2020

Le 1er décembre, la Haute Cour de Londres a jugé « très improbable » que les enfants de moins de 16 ans puissent donner un consentement éclairé à un changement de sexe[1]. C’est le témoignage de Keira Bell qui a spécialement inspiré cette décision. Cette jeune femme britannique de 23 ans est en procès avec le « Tavistock and Portman NHS Trust », clinique spécialisée dans la transition de genre des mineurs. Elle regrette amèrement son parcours : bloqueurs de puberté à 14 ans, testostérone à 16 ans et mastectomie à 20 ans. Si aujourd’hui, elle assume parfaitement son identité féminine, elle est « constamment prise pour un homme », « ne trouve pas sa place dans le monde », et se trouve « coincée entre les deux sexes ». Elle risque de ne jamais pouvoir avoir d’enfant. Elle accuse la clinique « ne pas avoir remis en cause son souhait de devenir un garçon alors qu’elle sortait tout juste de l’enfance » et de lui avoir prescrit des bloqueurs de puberté trop jeune, « après seulement trois rendez-vous d’une heure ». Keira Bell a affirmé à plusieurs reprises qu’ « il était de la responsabilité des institutions (…) d’intervenir » face au « mal-être profond » d’une adolescente comme elle, et de faire en sorte que ces enfants « reconsidèrent ce qu’ils disent »[2].

Selon les médias britanniques, ce jugement « aura des implications mondiales », car les profits du secteur florissant de l’industrie du changement de sexe dépendent du nombre de d’enfants attirés dans le système. Et le désarroi de Keira Bell est loin d’être isolé : le nombre de filles britanniques qui ont initié un changement de sexe est passé d’une quarantaine par an à presque 2000 par an, en moins de 10 ans. Quant aux garçons, ils sont passés d’une cinquantaine à plus de 700. « Mais des centaines de ces jeunes orientés dans des parcours de changement de sexe le regrettent amèrement », prenant conscience que « le traitement mis en place n’a résolu aucun de leurs problèmes ».

Dès le lendemain de la décision britannique un film-documentaire était diffusé par Arte aux heures de grande écoute. Il raconte le parcours d’un petit garçon de 8 ans, Sasha, en cours de transition pour « devenir » une fille. Est-ce que ces expériences douloureuses ont été écoutées lors de la prise en charge du petit garçon ? Les parents de Sasha ont cinq enfants. D’abord une fille, puis quatre garçons. Sasha est le dernier de la fratrie. Avant sa naissance, sa mère fait plusieurs fausses-couches de petites filles, elle désire fortement avoir une petite fille. Suite à la « grande déception » de découvrir à l’échographie qu’elle attend un quatrième garçon, elle décide de lui donner un prénom mixte. La maman affirme que « vers l’âge de 5-6 ans, le petit garçon aurait manifesté son désir d’être plus tard comme elle, une femme ». Elle décide alors que « la parole de l’enfant exprime une réalité », et que Sasha serait « une petite fille coincée dans un corps de garçon ». A partir de ce jour, Sasha est considérée comme une petite sœur, « cheveux laissés longs, habillement en robe ou maillot de bain bikini, Barbies et autres figurines de poupées dans sa chambre ».

A 8 ans, la mère initie la transition de Sasha, en se rendant directement à l’hôpital Robert Debré, chez un psychiatre spécialisé. Elle affirme même qu’il s’agit du « combat de sa vie ». Dès la première consultation, pourtant brève, un diagnostic de dysphorie de genre est posé, « de manière définitive », avec un certificat imposant à l’école de traiter le garçon comme une fille. Les traitements hormonaux et bloqueurs de puberté sont déjà évoqués. Et le deuxième rendez-vous planifie déjà le calendrier médical avec l’endocrinologue et « préservation de la fertilité », c’est-à-dire le « prélèvement des testicules immatures afin de les faire mûrir in vitro ou arrêt temporaire des bloqueurs de puberté le temps de récupérer des spermatozoïdes fonctionnels ».

Keira Bell a insisté à plusieurs reprises sur le fait que « les enfants sont dans l’incapacité de donner un consentement valable à ces traitements dont ils ne peuvent envisager les conséquences, comme la stérilité et la perte des fonctions sexuelles ». Dans le cas de Sasha, c’est sa mère qui prend toutes les décisions. Lui, à 8 ans, prend encore un biberon au petit déjeuner. « Il est impossible de penser que l’enfant dispose de la maturité pour avoir conscience des conséquences des décisions prises pour son compte par des adultes ». Les enfants et les jeunes sans expériences de vie pertinentes sont dans l’incapacité de réaliser ce que signifient réellement les conséquences de tels actes, explique Olivia Sarton, juriste et membre de « Juristes pour l’enfance ». Ils ne peuvent pas « prendre une décision éclairée », selon les mots de l’avocat de Keira Bell. « Respecter la parole de l’enfant, ce n’est pas prendre son propos à la lettre, ce n’est pas le traiter comme un petit adulte qui maîtriserait des données qui lui demeurent énigmatiques, notamment sur l’identité sexuée », expliquait également le pédopsychiatre Christian Flavigny, en octobre dernier[3]. « Il faut espérer que l’expérience vécue par Keira Bell pourra éclairer le chemin de Sasha… », souhaite Olivia Sarton.

 

Sources : Le Figaro, Olivia Sarton (04/12/2020)

[1] Cf. La justice britannique recommande l’arrêt des transitions de genre avant 16 ans

[2] Cf. Royaume-Uni : une jeune femme poursuit la clinique où elle a subi une « transition de genre »

[3] Cf. Enfants transgenres : « respecter la parole de l’enfant, ce n’est pas prendre son propos à la lettre »

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres