Droit de réponse demandé par l’AFM

Publié le : 2 septembre 2002

Suite à l’article paru dans le numéro 31 de Gènéthique de juillet 2002,  l’AFM nous a demandé de faire paraître un droit de réponse que nous lui accordons bien volontiers

 

Droit de réponse

 

Un article publié dans Gènéthique, la lettre d’informatique n°31-juillet 2002, « Cellules souches embryonnaires : les indices d’une déferlante… », critique vivement le débat organisé par l’AFM le 27 juin dernier sur le thème « Cellules souches embryonnaires : les indices d’une déferlante… ». Il met en doute la partialité des experts et affirme que ce débat « enferme les malades dans le choix dramatique entre la transgression ou l’incurabilité pour faire ensuite de sa réponse le socle d’une loi à venir ». Pour l’AFM, ces accusations sont infondées. Elles traduisent une réelle méconnaissance de la méthodologie déployée pour organiser ce débat.

 

Tout d’abord cet article insinue  que les experts conviés à ce débat étaient tous favorables à la recherche sur l’embryon. Cela est faux . De nombreux experts ont exposé leurs interrogations (éthiques, scientifiques, juridiques…), fait part de leurs réserves sur certains points et présenté les alternatives envisageables, notamment les cellules souches adultes, contrairement à ce que dit cet article. Certains ont exprimé leur opposition totale à l’utilisation de ces techniques. Loin d’enfermer les malades dans un « carcan », inexorablement favorable ou défavorable à l’utilisation des cellules souches embryonnaires, l’AFM s’est attachée à construire un débat objectif, laissant la parole à toutes les sensibilités, notamment à travers les questions du public, qui a eu largement l’occasion de s’exprimer.

 

Deuxièmement, il remet purement et simplement en cause la légitimité de ce débat, considérant qu’il est très discutable d’interroger les malades sur la pertinence des recherches sur les cellules souches embryonnaires et le clonage thérapeutique pour le traitement de maladies incurables. Pour l’AFM, cet argument n’est pas recevable. Pourquoi les malades n’auraient-il pas le droit de s’exprimer sur ce sujet, comme sur tous les sujets qui les concernent ? Aurions-nous publié en 1992 les premières cartes du génome six ans avant les prévisions américaines les plus optimistes si les malades, à travers le Téléthon, n’avaient pas prix leur destin en main ? Les malades n’ont-ils pas le droit de peser le pour et le contre, de débattre de ces questions à la lumière de leur propre expérience ? Fallait –il continuer à laisser les experts débattre et trancher « au nom des malades » ? Il est intolérable de vouloir les exclure de ce débat de société. L’enjeu est considérable.

En conclusion, les recommandations qui seront publiées en septembre  ne manqueront certainement pas d’étonner, par leur clairvoyance et leur prudence. A l’image d’un débat marqué par le respect, l’écoute, l’humanité et la compassion, elles fourniront des éléments constructifs à une réflexion indispensable qui ne fait que commencer et qui doit concerner toute la société.

 

Le président, Eric Molinié.

 

« Droit de réplique » de la rédaction

 

La rédaction de Gènéthique se félicite que puisse enfin avoir lieu une discussion de fond sur les méthodes utilisées en France en matière de recherche. L’AFM interroge : « faut-il laisser les experts débattre et trancher au nom des malades ?» Evidemment non ! On doit regretter cet état de fait et entendre la souffrance des patients ainsi que leurs attentes profondes. Mais ceci ne donne à personne le droit d’oublier que le sujet des discussions et l’objet des expérimentations envisagées, en l’occurrence, n’est autre que l’embryon qui, jusqu’à preuve du contraire, est un membre à part entière de l’espèce humaine. Or, il faut répéter que dans le débat organisé par l’AFM le 27 juin, les scientifiques présents étaient tous favorables à la recherche sur l’embryon. Comment ne pas s’en indigner ? Qui a représenté la voix de l’embryon ? A-t-on le droit de décider, du fond de sa souffrance ou du haut de son savoir à la place de ces milliers d’êtres humains congelés ? M. Carlos de Sola, représentant le conseil de l’Europe, ne s’est-il d’ailleurs pas levé pour dénoncer cette « apologie de la transgression ? »  

 

L’AFM précise que l’on a présenté aux patients les « alternatives envisageables, notamment l’utilisation des cellules souches adultes ». Mais faut-il raisonner en termes d’alternative ? On comprend que la question posée aux patients – voulez vous guérir ? – devienne terrible si les recherches sur les cellules souches embryonnaires et sur les cellules souches adultes sont posées en terme d’alternative. A-t-on le droit de choisir d’utiliser, ou pas, l’embryon humain comme un outil vivant ? Non, tout ne se vaut pas ! Ceci est d’autant plus consternant que l’on connaît le caractère prometteur des cellules adultes (cf. article précédent) et les risques engendrés par les cellules embryonnaires.

 

La compassion vis-à-vis des parents est un sentiment que tout médecin, tout chercheur doit avoir. Si il ne l’éprouve pas, il n’est plus qu’une sorte d’ordinateur, une machine à faire des ordonnances, un robot dans son laboratoire. L’homme qui ne sentirait pas son cœur chavirer en annonçant à des parents que leur enfant est gravement atteint ne serait pas digne de ce métier. Mais on ne soulage pas la peine d’un être humain en supprimant un autre être humain. La science est là pour trouver de nouvelles thérapies, il y a des pistes fabuleuses qui n’ont pas besoin de victimes, si jeunes soient-elles. Unissons nos forces en ce sens. Tous ensemble. Cet effort a un prix, c’est celui qu’une société doit payer pour rester pleinement humaine.

 

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