DPNI de la trisomie 21 au Royaume-Uni : la technique plaît mais est-elle éthique ?

Publié le : 23 septembre 2014

Au Royaume-Uni, une étude est actuellement réalisée par le University College London’s Institute of Child Health pour évaluer le ressenti des femmes sur le diagnostic prénatal non invasif (DPNI) vis-à-vis du diagnostic prénatal (DPN) de la trisomie 21. Au total, huit maternités sont impliquées. Toujours en cours, l’étude elle devrait durer jusqu’au milieu de l’année 2015. Près de 400 femmes se sont vues proposer les tests jusqu’à aujourd’hui.

 

L’étude a été présentée par le Dr Céline Lewis du University College London’s Institute of Child Health, lors de la conférence annuelle de la British Society for Genetic Medicine. Elle révèle que les femmes ont globalement confiance et apprécie le DPNI de la trisomie 21. Actuellement, elles se voient proposer le dépistage à la douzième semaine de grossesse. 

 

Le docteur Céline Lewis a précisé : « le test permet aux femmes d’avoir une assurance supplémentaire pendant leur grossesse si leurs résultats sont négatifs. Si le test est positif, cela signifie qu’elles peuvent faire un choix éclairé sur la suite; d’autres essais sont nécessaires pour vérifier les résultats, et l’information peut être précieuse car elle leur permet de choisir de se préparer à la naissance d’un enfant atteint ou d’interrompre leur grossesse.« 

 

Selon l’étude, la majorité des femmes optent pour le test non invasif, mais 10% préfèrent recourir à la méthode invasive à savoir l’amniocentèse. La raison serait la suivante : la méthode classique nécessiterait environ 3 jours pour obtenir le résultat contre environ 7 à 10 jours avec le DPNI : « Pour certaines personne, mentionne le Dr Lewis, le plus important est d’avoir les résultats rapidement, mais pour d’autres le plus important est de ne pas mettre sa grossesse en danger« . En effet, l’amniocentèse est à l’origine de fausses couches dans 1 à 2% des cas (Ndlr). 

 

Note de Gènéthique

 

Au-delà de ce qui est objectivement perçu comme un progrès technique, le DPNI soulève des questions éthiques majeures dans tous les pays où ce dernier est mis sur le marché ou en phase de l’être.

 

Ainsi, en avril dernier, la philosophe Danièle Moyse confiait à Gènéthique, dans une interview : « Evidemment, on ne peut pas déplorer que l’amélioration de la fiabilité des tests diminue les risques d’erreurs de diagnostic qui aboutissent à l’élimination de fœtus qui auraient, sans  cette erreur, abouti à une naissance ! Mais c’est là qu’apparaît toute la perversité du système : pour préserver des enfants à naître, on est fortement tenté d’applaudir à l’apparition de ces tests ! Mais dans le temps où l’on se félicite alors de la préservation d’enfants « sains », on se réjouit de la possibilité de ne plus « rater » bientôt aucun enfant « malsain » ! Il est évident que le test non invasif, moins violent pour les femmes, peut être l’arme redoutable d’une sélection invisible dont le Professeur Testart a dénoncé le risque dès les années 90. »

 

Par ailleurs, avec le DPNI, la trisomie 21 pourrait rapidement ne plus être la seule pathologie visée, ouvrant la voie à de potentielles dérives eugéniques. Selon Jean-Marc Costa, dont les propos était rapporté dans la synthèse de presse Gènéthique du 6 mars 2014, le diagnostic prénatal va considérablement évoluer d’ici cinq ans. Avec le séquençage total du génome, il sera possible de détecter des anomalies génétiques mais aussi la prédisposition aux maladies multi-géniques (diabète, cancers…).

 

<p>Bioenews (Siobhan Chan) 22/09/2014 - Gènéthique </p>

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