Don d’organes en Chine: une pratique plus que douteuse

Publié le : 26 juin 2013

 Chaque année, en Chine, selon la presse officielle, « 300 000 nouveaux patients sont inscrits sur les listes d’attente de greffes […], mais seulement 10 000 sont réalisées » et en 2009, « 65% de ces organes provenaient de condamnés à mort« . Mais un chef de service d’un grand hôpital de Shanghaï dénonce dans l’anonymat « que sur environ 200 greffes […] réalisées en 2011, ce sont plutôt 80% des organes qui ont été récoltés à la suite d’exécutions« . 

De nombreux doutes subsistent quant à la manière dont sont pratiqués les dons. Selon Huang Jiefu, à l’origine de la réforme sur le don d’organes en Chine, « le consentement écrit du prisonnier lui-même ainsi que de sa famille est requis« . Mais le journaliste explique que la pratique est différente: « il est prouvé que les familles se voient rarement poser la question » du consentement et « rien n’est fait pour que [celles-ci] et leurs avocats puissent s’assurer de cet agrément« . Les médecins également restent dans l’incertitude concernant l’existence ou non du consentement du condamné, lorsqu’ils viennent prélever les organes.

 

A la question de savoir s’il peut obtenir le formulaire attestant du consentement du condamné à mort, le chef de service de l’hôpital de Shanghaï, toujours sous couvert d’anonymat, répond: « on ne demande pas, on ne sait pas. La Cour de justice représente la loi, nous n’avons pas d’autres choix que de lui faire confiance« . Liu Changqiu, chercheur à l’Académie des sciences sociales de Shanghaï qui a osé travailler sur le sujet, explique qu’ « il arrive  qu’il n’y ait pas de papier ou que le papier soit un faux« . Il formule l’hypothèse suivante: « Peut-être que les condamnés disent oui à la dernière minute, peut-être aussi qu’on leur promet de donner de l’argent à leurs proches« . 

 

De même, la procédure pour obtenir une greffe d’organe ne tient pas compte des principes éthiques: « l’accès aux organes dépend grandement du réseau de relations du médecin et, en l’absence de transparence, laisse place à des transactions financières« , alors même que depuis 2007 un tel commerce est interdit.

 

La Chine tente de se libérer du paradoxe qui consiste à « recourir à la peine capitale pour sauver des vies« . Ainsi, le journal officiel China Daily annonçait que dès la fin du mois de juin, un registre électronique de donneurs volontaires sera mis en service. Mais la mise en place de ce nouveau système interroge les chirurgiens puisque depuis trois ans un essai de liste de donneurs est en place, mais ne rencontre pas un grand succès.

 

<p> Le Monde (Harold Thibault) 25/06/2013</p>

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