Don de gamètes : « ça peut tout changer » ?

Publié le : 16 novembre 2020

« Certains donnent de leur temps ou de l’argent, moi j’ai décidé d’aider ceux qui ne pouvaient pas avoir d’enfants à devenir parents. Donner des spermatozoïdes, ça peut tout changer pour eux »[1]. Encore et toujours. Du 16 novembre au 6 décembre, l’Agence de la Biomédecine (ABM) lance une nouvelle campagne sur le don de gamètes : ovocytes et spermatozoïdes, parce qu’ « aujourd’hui », avant même l’ouverture de la PMA aux couples de femmes ou aux femmes seules, « le nombre de dons ne suffit pas à répondre » aux besoins en France[2] (cf. Campagne autour du don de gamètes : l’Agence de biomédecine persiste et signe  et Une campagne inquiétante qui banalise le don de gamètes (1/2) ). Le délai d’attente « peut aller jusqu’à deux ans en fonction des centres », explique l’Agence.

Les gamètes, un matériau procréatique ?

Pour autant peut-on comparer le don de temps, d’argent à un don de gamètes ? Un don de spermatozoïdes, comme un don d’ovocytes, comprend la transmission d’un patrimoine génétique : qualités physiques, psychiques, traits de caractères, capital santé qui forment un socle que l’épigénétique vient affiner, mais qui est loin d’être neutre. Ovocytes, spermatozoïdes sont à l’origine d’un être humain. Peut-on banaliser ce don au point d’en faire un simple « produit », un « matériau » qu’il serait aisé d’abandonner ?

Où en est-on aujourd’hui ? En 2018, l’ABM précise que 777 femmes « ont donné leurs ovocytes et 386 hommes leurs spermatozoïdes ». « 1 270 enfants sont nés d’une assistance médicale à la procréation avec don de gamètes ». En 2016, l’ouverture du don aux personnes n’ayant jamais eu d’enfants a conduit à une augmentation de 38% du nombre de donneurs et de donneuses. Mais depuis 3 ans, ce nombre, stable, « ne permet pas de répondre aux besoins de tous les couples en attente ». Ils étaient 5000, couples « infertiles » ayant besoin d’un don de gamètes, à s’inscrire en 2018 dans un centre pour entreprendre le parcours du combattant que constitue l’assistance médicale à la procréation.

Un « principe de solidarité » ?

Depuis le début de ses campagnes, l’ABM joue sur la corde sensible et le « principe de solidarité » pour ces couples qui ne sont pas en capacité d’avoir des enfants, est largement évoqué parmi les raisons qui conduisent au don. Mais le don, la PMA, sont-ils irréductibles ? La Naprotechnologie qui agit sur les causes de l’infertilité, quand la PMA ne fait que les contourner, est trop rarement évoquée alors qu’elle ne dépossède pas le couple de ses capacités à avoir des enfants naturellement, ni n’en fait le jouet de la toute-puissance de la science (cf. La Naprotechnologie : une assistance médicale pour une procréation naturelle ; NaProTechnologie : « favoriser l’efficacité de l’acte procréateur, sans pour autant se substituer à lui »  et La naprotechnologie, alternative à la PMA ? ). Par ailleurs, de nombreux couples engagés dans des parcours de PMA, finissent par abandonner pour découvrir une nouvelle forme de fécondité, d’engagement (cf. PMA : Un couple infertile renonce au désir d’enfant ). Parce que la PMA, ne conduit pas systématiquement à la naissance d’un enfant, loin s’en faut !  Auditionné par la Commission spéciale Bioéthique de l’Assemblée nationale en août 2019, René Frydman, gynécologue et obstétricien à l’origine du premier « bébé-éprouvette » français, soulignait la perte « énorme » que représente la « méthode de conception », expliquant que c’est « notre préoccupation et celle des années à venir ». Il regrettait de pratiquer une très « mauvaise médecine ». En effet, 60% des embryons implantés ne vont pas se développer et 80% si la femme est plus âgée (cf. Le Pr René Frydman auditionné sur la PMA : l’enjeu majeur est la recherche sur l’embryon et « Les médecins et les gynécologues ne connaissent finalement pas grand-chose à l’infertilité » ). Ces informations seront-elles transmises en toute transparence aux candidats au don ? Par ailleurs, l’Agence de la biomédecine omet de préciser que la procédure, particulièrement dans le cas du don d’ovocytes, est loin d’être anodine et peut avoir des conséquences graves pour la santé de la femme.

A l’heure où les pressions s’accentuent pour ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, les besoins de gamètes vont s’accroitre dangereusement (cf. PMA pour toutes : l’impact du projet de loi sous-évalué). Comment pourra-t-on augmenter l’offre tout en préservant la gratuité du don, c’est-à-dire sans recourir au marché ?

[1] Agence de la biomédecine, Spot don de spermatozoïdes.

[2] Agence de la biomédecine, Communiqué de presse, 13 novembre 2020.

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