Deux prix Nobel s’inquiètent de la création d’embryons génétiquement modifiés

Publié le : 25 mars 2015

Un collectif de dix-huit chercheurs américains, dont deux prix Nobel[1], a publié dans la revue Science une mise en garde sur les potentielles utilisations du nouvel outil « CRISPR-Cas9 ». Ils se font ainsi l’écho des cinq chercheurs ayant publié un appel pour un moratoire le 16 mars dernier (cf. Génèthique du 16 mars 2015).

 

Cette technique dénommée « CRISPR-Cas9 », a été découverte en 2012 par Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier. Il s’agit d’un « kit de construction de l’ADN », une enzyme susceptible de « découper les brins d’ADN ». Combinée avec le séquençage du génome qui permet de repérer les anomalies, cet outil permettrait « de supprimer les maladies génétiques dans l’ADN d’un embryon », mais aussi « de créer une lignée répondant à des critères prédéfinis ». Un « fantastique outil » dont le « dévoiement pourrait ressusciter les spectres de l’eugénisme et du transhumanisme ».

 

« Les essais n’ont pour l’instant été effectués que sur des souris et des singes ». Mais les signataires réclament un moratoire à propos des essais cliniques sur les humains et demandent la tenue d’un grand sommet. Ils craignent notamment l’utilisation de cette technique (simple et à moindre coût) sur les cellules germinales, la modification se transmettant aux générations suivantes : « Il faut suivre une voie prudente avant de manipuler le génome des cellules germinales ». Pour Philippe Kourilsky, professeur honoraire au Collège de France, « il faut faire un distinguo entre les modalités et les principes. Aujourd’hui, manipuler le génome humain des cellules germinales serait prématuré : ces techniques ne sont pas sûres ».

 

De telles manipulations sont interdites en France dans le cadre de la PMA[2]. « Nous ne sommes pas près de nous engager là-dedans », déclare Alain Fisher, qui dirige l’Institut Imagine, spécialisé dans les maladies génétiques à l’hôpital Necker. La France, comme 28 autres pays d’Europe, a ratifié la convention d’Oviedo qui stipule qu’« une intervention ayant pour objet de modifier le génome humain ne peut être entreprise que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques, et seulement si elle n’a pas pour but d’introduire une modification dans le génome de la descendance. » Mais d’autres pays plus laxistes sont particulièrement visés par l’appel des chercheurs qui craignent qu’ils n’abritent « les recherches d’apprentis sorciers ».

 

Geroge Church, chercheur renommé de l’université Harvard, « manie l’art de l’esquive » : il est  à la fois cosignataire de l’article de Science, appelant « à la prudence sur ces pratiques », mais il participe aussi à des « réunions de groupes transhumanistes », « il explique le potentiel de CRISPR-Cas9 contre les maladies cardiaques ou celle d’Alzheimer. »

 

[1] David Baltimore et Paul Berg.

[2] Loi de bioéthique de 2004.

 

<p>Le Monde 25.03.2015 - Science 20.03.2015</p>

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