Détecter l’autisme in utero ?

Publié le : 1 février 2021

Dans une étude publiée le 22 janvier dernier dans la revue Molecular Psychiatry, des chercheurs ont mis au point un algorithme capable de détecter avec précision in utero certaines formes d’autisme. Ils se sont focalisés sur les troubles du spectre autistique liés aux auto-anticorps maternels (MAR ASD), une condition qui représente environ 20 % de tous les cas d’autisme.

Des échantillons de plasma sanguin ont été prélevés sur « 450 mères d’enfants atteint d’une forme d’autisme lié aux MAR ASD, et de 342 mères d’enfants non autistes ». Un algorithme a permis « d’identifier la réactivité à huit protéines différentes et abondantes dans le cerveau du fœtus. Il a ainsi déterminé quels modèles d’auto-anticorps étaient spécifiquement associés à un diagnostic d’autisme ».  Un simple test sanguin a permis d’identifier des modèles indiquant la probabilité et la gravité de l’autisme. Il a été mis en évidence que « trois modèles principaux d’auto-anticorps » maternels augmentent « la probabilité de survenue d’un trouble du spectre autistique ».

Vers un dépistage prénatal de l’autisme ?

« Par exemple, si la mère a des auto-anticorps anti-CRIMP1 et GDA (le modèle le plus courant), ses chances d’avoir un enfant autiste sont 31 fois plus élevées que la population générale, sur la base de cet ensemble de données actuel », a expliqué la chercheuse Judy Van de Water, professeur de rhumatologie, d’allergie et d’immunologie clinique à UC Davis, qui a dirigé l’étude. Elle estime que « la reconnaissance de ces modèles d’auto-anticorps pourrait faire partie intégrante d’un dépistage prénatal (…), afin d’offrir un aperçu du développement de l’enfant et de préparer les parents à l’éventualité d’un trouble du spectre autistique ».

L’étude ouvre aussi la voie à d’autres recherches sur d’éventuels tests préconceptionnels, destinés à des femmes de plus de 35 ans ou à celles qui ont déjà donné naissance à un enfant autiste. Pour la chercheuse, « une femme pourrait faire un test sanguin pour ces anticorps avant d’être enceinte ». Si elle en est porteuse, elle sait que la probabilité d’avoir un enfant autiste est très élevée. Dans le cas contraire, elle écarte 43 % des facteurs susceptibles de conduire à la naissance d’un enfant autiste, l’autisme de type MAR étant écarté.

Note de la rédaction :

Si l’intégration au dépistage prénatal est évoqué dans le but de mieux accompagner les enfants nés porteurs de cette maladie, « plus l’autisme est diagnostiqué tôt, meilleure est la prise en charge et les progrès de l’enfant », il est à craindre que le dépistage ne se transforme en traque, comme c’est aujourd’hui le cas pour la trisomie 21 (cf. Avortement eugénique : de la trisomie à l’autisme ?). Le risque eugénique serait une fois de plus patent. A ce sujet, Richard Gunderman, radiologue à l’Indiana University, a écrit dans Psychology Today « qu’en dépit des protestations contraires, l’eugénisme n’a pas été entièrement relégué aux oubliettes de l’histoire. En tant que société, nous continuons à décider qui doit naître et qui ne doit pas naitre en fonction de ses gènes. Les décisions que nous prenons façonnent l’humanité non seulement la prochaine génération, mais aussi les générations à venir ».

Sources : Parents (29/01/2021) ; Medical Press (25/01/2021) ; Bioedge, Michael Cook (31/01/2021) – Photo : iStock

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