Des cellules souches totipotentes à portée de main des chercheurs ?

Publié le 15 Oct, 2017

Des chercheurs anglais du Wellcome Trust[1] ont publié dans la revue Nature une lettre[2] décrivant leur « première tentative réussie d’extraction et de conservation dans un état indifférencié » de cellules souches « issues d’un embryon de souris » à un stade plus précoce que les cellules souches embryonnaires actuellement utilisées : il s’agit de « cellules-souches potentielles expansées, ou EPSC », prélevées au stade 4 à 8 cellules de l’embryon qui peuvent se différencier en cellules de n’importe quel tissu embryonnaire mais aussi en cellules du placenta et de la vésicule vitelline. Les cellules souches embryonnaires « classiques » sont pour leur part prélevées entre le 7ème et 10ème jour de développement de l’embryon, au stade blastocyste[3], et ne peuvent pas se différencier en tissu extra-embryonnaire. Les cellules iPS[4] ne possèdent pas non plus cette capacité.

 

Pour Alexandra Benchoua, chercheuse à I-Stem[5], c’est un « exploit technique » car l’équipe de chercheurs est parvenue à mettre au point un milieu de culture particulier : il bloque les voies de signalisation qui entraine le développement et la différenciation des cellules souches. En outre, ce milieu de culture permet de faire « régresser des cellules souches embryonnaires classiques de blastocystes jusqu’à en faire des EPSC ».

 

L’équipe a d’ores et déjà débuté « la rédaction d’un protocole pour reproduire ce travail à partir de cellules embryonnaires humaines ». Si « l’application à l’homme reste encore à prouver », le Dr Pentao Liu est confiant et pense que le concept est applicable « à diverses espèces de mammifères dont les humains ».

 

Ces cellules seraient utilisées pour étudier les pathologies du développement et celles du placenta comme la pré-éclampsie, mais aussi en médecine reproductive pour « améliorer la qualité des implantations lors des procréations médicalement assistée » ou encore comprendre les causes des avortements spontanés.

 

Note Gènéthique : Au mois d’avril, des chercheurs américains et chinois publiaient une étude dans la revue Cell révélant des résultats similaires : cf. Cellules souches : des scientifiques annoncent une découverte majeure

 

[1] Fondation caritative mondiale basée en Grande Bretagne qui finance la recherche biomédicale.

[2] Nature, Establishment of mouse expanded potential stem cells

Jian Yang, David J. Ryan, Wei Wang, Jason Cheuk-Ho Tsang, Guocheng Lan, Hideki Masaki, Xuefei Gao, Liliana Antunes, Yong Yu, Zhexin Zhu, Juexuan Wang, Aleksandra A. Kolodziejczyk, Lia S. Campos, Cui Wang, Fengtang Yang, Zhen Zhong, Beiyuan Fu, Melanie A. Eckersley-Maslin,   Michael Woods, Yosuke Tanaka, Xi Chen,      Adam C. Wilkinson, James Bussell, Jacqui White, Ramiro Ramirez-Solis et al., 11 octobre 2017.

[3] 70 à 100 cellules.

[4] Cellules souches pluripotentes induites : cellules adultes différenciées reprogrammées en cellules souches indifférenciées.

[5] Institut des cellules-souches pour le traitement et l’étude des maladies monogéniques.

Le quotidien du médecin, Damien Coulomb (12/10/2017)

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