[Décryptage] Les cellules souches créées par clonage sont-elles « meilleures » que les cellules iPS ?

Publié le : 8 juillet 2014

Une étude d’un promoteur du clonage dit « thérapeutique » (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 16 mai 2013), publiée dans Nature, compare des cellules souches humaines pluripotentes et semble conclure à la supériorité des cellules souches créés par clonage vis-à-vis des très répandues iPS du Pr prix Nobel Yamanaka. En réalité, l’article de Hong Ma et al. est plus nuancé que ce que les commentateurs en ont tiré.

 

L’article compare des cellules créées par des techniques différentes :

– directement à partir d’embryons produits par FIV, sans reprogrammation cellulaire (FIV-ES) appelées plus communément cellules souches embryonnaires,
– par reprogrammation effectuée par transfert nucléaire, autrement dit par clonage dit « thérapeutique (NT-ES),
– et par reprogrammation effectuée avec des facteurs de transcription, soit la technique bien connue aujourd’hui et largement répandue mise au point par le Pr Yamanaka, Nobel de médecine (iPS).
 
Protocole. Les cellules FIV-ES et NT-ES étaient dérivées d’ovocytes provenant du même donneur et étaient donc génétiquement comparables. Par contre les cellules iPS étaient dérivées de fibroblastes fétaux cutanés ce qui limitait la qualité de la comparaison avec les deux autres types de cellules. Les cellules reprogrammées – NT-ES et iPS – ont été comparées aux cellules non reprogrammées – FIV ES – (cellules souches embryonnaires « classiques ») pour mettre en évidence les anomalies génétiques (duplications, délétions)  et épi génétiques 1 (différences dans la méthylation de l’ADN déterminant des différences dans la transcription, c’est à dire dans l’élaboration des protéines à partir de l’ADN) qui auraient été introduites par le processus de reprogrammation. 

 

Résultats…. Les auteurs n’ont pas trouvé de différences significatives  au niveau génétique entre iPS et NT ES. Au niveau épi génétique la méthylation de l’ADN au niveau des cellules NT ES étaient plus semblable à celle trouvée dans les iPS que celle trouvée dans les cellules FIV-ES, ce qui montre que la reprogrammation, qu’elle se fasse par manipulation génétique (iPS) ou par transfert nucléaire (clonage thérapeutique, NT ES) n’est pas sans entraîner des anomalies épi génétiques, dues à une reprogrammation incomplète. Cependant, si les iPS ne présentaient pas un « type spécifique » d’anomalie épi génétique qui n’aurait pas été trouvé aussi dans les NT ES, elles présentaient un nombre d’anomalies épi génétique supérieur. Ces cellules iPS qui étaient affectées d’une disposition de déméthylation incomplète (reprogrammation incomplète) présentaient aussi des anomalies dans la transcription des gènes. De ces constatations Hong Ma, Shoukhrat Mialipov et coll. déduisent que la reprogrammation par transfert nucléaire semble plus effective et plus complète que la reprogrammation génétique selon la technique de Yamanaka (iPS).

 

… à nuancer. Ces conclusions appellent à une certaine modération dans leur portée pratique : d’abord parce que les cellules NT-ES et FIV-ES, dans cette étude, provenaient d’ovocytes venant du même donneur, et qu’il était normal de les trouver plus proches que le iPS, dérivées de cellules de la peau de fœtus. Ensuite parce que 30% des cellules iPS apparaissaient parfaitement normales, ce qui montre que la reprogrammation des iPS peut être d’excellente qualité, et qu’il est possible dans ces conditions de pratiquer un tri parmi les iPS pour éliminer les anormales. D’autre part, et surtout, conclure à une suprématie technique du clonage n’a pas de sens si l’on exclut les enjeux éthiques. Pour Martin Pera, biologiste spécialisé dans les cellules souches et qui étudie la pluripotence à l’Université de Melbourne en Australie, la reprogrammation génétique (iPS) reste la technique majoritairement utilisée en matière de cellules souches. « La technique du transfert nucléaire, utilisées pour l’obtention de cellules souches embryonnaires clonées, est d’un point de vue éthique, logistique et technique, plus difficile : il est en effet nécessaire que des femmes donnent leurs ovules pour ensuite créer un embryon qui sera obligatoirement détruit pour la recherche« .

 

Note de Gènéthique. Le deuxième article de la lettre mensuelle de mai 2014 proposait notamment un éclairage sur le clonage dit « thérapeutique ».

 

[1] On appelle « épigénétique » le processus de contrôle de l’activité des gènes, dans le génome, qui passe par l’activation ou la mise au silence des différents gènes présents dans le génome pour répondre aux nécessités de l’organisme (par exemple tout au long du développement embryonnaire). Cette activation ou cette mise au silence se fait par méthylation ou déméthylation de l’ADN au niveau du gène ou des gènes considérés. La méthylation de l’ADN met un gène au silence, la déméthylation de l’ADN l’active. Ce contrôle « épigénétique » du génome conditionne l’activité de transcription du génome (qui déoend de l’état d’éveil des gènes).

<p><span>Gènéthique - Nature.com (</span><span>Monya Baker</span><span>) 02/07/2014 - labmanager.com 07/07/2014</span></p>

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