Débat autour du clonage thérapeutique

Publié le : 8 juin 2005

Quatre scientifiques français viennent d’apporter leur soutien à la proposition de loi déposée par Roger-Gérard Schwartzenberg visant à autoriser le clonage thérapeutique. 

Etienne-Emile Baulieu (Inserm) ancien président de l’Académie des sciences, Alain Fischer (Necker-Enfants-Malades) pionnier en thérapie génique, René Frydman (Antoine Béclère) le "père" d’Amandine, premier bébé éprouvette français et Marc Peschanski (Henri Mondor) l’un des rares à mener des recherches sur les cellules souches embryonnaires estiment que la France ne peut "plus se permettre de rester à l’écart de cette révolution scientifique"."Ce qui a été obtenu par les équipes coréennes et britannique aurait très bien pu être effectué par Jean-Paul Renard (Inra, Jouy-en-Josas) si ce type de recherche était permis en France" déplore Marc Peschanski.

En France, l’interdiction du législateur repose sur 3 arguments. La première objection est philophico-religieuse : "Pour certains, l’embryon de 6 jours est déjà un être humain. Pour d’autres, il s’agit à ce stade, d’un assemblage de 125 cellules encore indifférenciées "souligne Roger-Gérard Schwartzenberg. "Devant l’impératif de laïcité, on ne peut admettre que le législateur transforme un article de foi en article de loi. Pourquoi alors avoir autorisé l’IVG jusqu’à la 14ème semaine ?" ajoute t-il.

Le deuxième argument du législateur est d’affirmer que le clonage thérapeutique mènerait tout droit au clonage reproductif.  Or le Pr Fischer affirme qu’il "est techniquement faux, selon les travaux menés en épigénétique de prétendre que le clonage thérapeutique favorise le clonage reproductif"

Enfin, le dernier argument est le risque d’un commerce des ovocytes nécessaire au clonage thérapeutique. Or selon Roger-Gérard Schwartzenberg "ce risque n’existe pas en France où la loi impose la gratuité du don".
Ces 4 scientifiques seraient prêts à signer une pétition au cas où la proposition de loi ne serait pas rapidement inscrite à l’ordre de l’Assemblée nationale.

Par ailleurs, le Pr Claude Sureau, professeur honoraire de gynécologie-obstétrique a l’université Paris-V affirme que les recherches sur l’embryon sont "non seulement légitimes mais aussi nécessaires". Il estime que les dernières découvertes dans ce domaine permettent d’envisager l’utilisation des cellules souches embryonnaires pour traiter la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer. Par ailleurs, il estime que "le respect que mérite l’embryon peut être transgressé pour des raisons que l’on considère comme valables". Selon lui, le fond du problème réside dans le fait que l’éthique et le droit vont de pair en France : "si le droit édicte ce qui est permis ou interdit, il n’intervient pas sur ce qui est bien ou mal, qui est du ressort de l’éthique : c’est une erreur colossale de fond".

Le Quotidien du Médecin (Stéphanie Hasendahl - Véronique Hunsinger) 08/06/05

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