Création de lignées cellulaires sans tuer l’embryon : intox ou réalité ?

Publié le 24 Août, 2006

Mercredi 23 août, le site de la revue scientifique Nature publiait les travaux du Pr Robert Lanza* et de son équipe d’Advanced Cell Technology (Massachusetts, USA). Ils annoncent avoir réussi la création de lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir d’embryons humains sans détruire ces derniers.

En octobre 2005, dans Nature, Robert Lanza montrait qu’il avait réussi à produire cinq lignées de cellules souches embryonnaires de souris à partir d’embryons de souris, sans qu’ils soient détruits**. Les chercheurs annoncent aujourd’hui avoir réussi à obtenir le même résultat à partir d’embryons humains.

Jusqu’ici, les chercheurs tentaient d’obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires à partir d’embryons âgés de 5 jours au stade blastocyte (composé d’une centaine de cellules) mais cela entraînait la destruction de l’embryon. Après son succès sur l’embryon de souris, l’équipe du Pr Lanza a travaillé sur des embryons humains de 8 à 10 cellules au stade blastomère. Les chercheurs sont partis d’un constat : dans le cadre du diagnostic préimplantatoire, on prélève une cellule de l’embryon au stade blastomère sans entraîner la mort de l’embryon. Les chercheurs ont sélectionné sur 16 embryons, issus de la fécondation in vitro et fournis par des cliniques, les 6 considérés les "plus parfaits". A l’aide d’une micro-pipette, les chercheurs auraient prélevé sur chacun de ces embryons une cellule unique. Après culture de ces cellules, les chercheurs seraient parvenus à créer 2 lignées de cellules souches embryonnaires sans affecter le développement des embryons. Ces lignées auraient pu être maintenues à un stade complètement indifférencié pendant plus de huit mois.

Bien que cette technique doive encore être confirmée et que des doutes subsistent sur la véracité des informations communiquées par la firme ACT, de nombreux chercheurs se félicitent de cette voie qui ferait sauter les verrous éthiques de la recherche sur les embryons humains et leur permettrait de ce fait d’obtenir plus facilement des financements. L’obtention d’une cellule souche d’embryon n’entraînant plus la destruction de celui-ci.

Pourtant, si l’avenir confirme que la méthode du Pr Lanza évite la destruction des embryons, doit-on conclure que toutes les difficultés éthiques sont contournées ? Non, estime Mgr  Sgreccia, président de l’Académie Pontificale pour la Vie, car cette technique repose sur la procréation in vitro d’embryon et nécessite toujours une "manipulation" de l’embryon humain dont il ne retirera aucun bénéfice. Pour Axel Kahn : "à l’évidence, non. Quand elle est dérivée d’un blastocyte, la cellule souche embryonnaire ne peut jamais être considérée comme un embryon – elle ne peut jamais, à elle seule, donner un bébé". Mais, "une cellule isolée d’un embryon de huit ou dix cellules [NDLR : telle qu’utilisée par l’équipe du Pr Lanza] peut, dans certaines conditions, donner un bébé. Pour ceux qui auraient une conception très large de l’embryon, utiliser la cellule souche embryonnaire d’un de ces embryons pourrait donc entraîner, de facto, leur destruction".

Par ailleurs, l’expert américain en bioéthique Wesley J. Smith a émis de grosses réserves sur cette annonce en indiquant que le communiqué de presse d’ACT, sur lequel se sont appuyés les médias pour relayer l’information, est inexact. En réalité, tous les embryons sont morts après l’extraction des cellules.
Ces affirmations sont reprises dans le Washington Post qui rapporte que le Pr Lanza a simplement montré qu’une seule cellule prélevée à partir d’un embryon dans les premiers stades peut, mise en culture de manière isolée, produire une lignée de cellules souches embryonnaires. Le journal The Corner relate les propos du Pr Robert P. George, membre du conseil bioéthique du Président des Etats-Unis, selon lequel 6 cellules ont été prélevées en moyenne sur chacun des 16 embryons, qui n’ont pas survécu. Ces 91 cellules ont été mises en culture et les chercheurs ont réussi à constituer 2 lignées de cellules souches embryonnaires.

La firme ACT n’est pas à son premier "coup médiatique". Déjà, en novembre 2001, le Pr Lanza avait annoncé avoir réussi à créer des embryons humains par clonage (cf. revue de presse du 26/11/01) mais ce résultat n’a jamais été confirmé ni reproduit par son équipe…

* Human embryonic stem cell lines derived from single blastomeres, I. Klimanskaya, Y. Chung, S. Becker, S-J. Lu and R. Lanza, doi:10.1038/nature05142, published online 23/08/06

** Embryonic and extraembryonic stem cell lines derived from single mouse blastomeres, Y. Chung, I. Klimanskaya, S. Becker, J. Marh, S-J. Lu, J. Johnson, L. Meisner and R. Lanza, Nature 439, 216-219 (12/01/2006)

La Croix 24/08/06 – Le Figaro (Catherine Petitnicolas) 24/08/06 – Libération (Corinne Bensimon) 24/08/06 – Le Monde (Jean-François Augereau, Franck Nouchi) 25/08/06 – La Croix (Emmanuelle Réju) 25/08/06 – Lifenews.com 28/08/06 – zenit 29/08/06 –

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