Contraception et avortement : une même logique

Publié le 30 Avr, 2010
Une étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) publiée en 2007 et intitulée “Les Français et la contraception” évoque un “paradoxe français” : malgré le taux d’utilisation de contraceptifs le plus élevé d’Europe, la France affiche un nombre d’avortements très élevé, 200 000 par an. Or dans une interview accordée le 21 avril 2010 à Dialogue Dynamics, Jacques Suaudeau, ancien chercheur en chirurgie au National Institute of Health (USA) et conseiller scientifique à l’Académie pontificale pour la Vie, démontre que “50 ans après l’introduction de la première pilule contraceptive, la réalité des faits montre que la contraception, loin de faire reculer l’avortement, est devenue elle-même toujours davantage abortive. C’est dans le fonctionnement même de la pilule que l’avortement a ses entrées. “
 
Ambiguïtés contraceptives
 
La contraception se dit de “l’ensemble des moyens artificiels utilisés pour empêcher, de façon plus ou moins temporaire la conception, c’est-à-dire la pénétration réussie d’un spermatozoïde dans un ovule (fécondation) au niveau de la trompe de Fallope“. Mais d’autres moyens techniques sont diffusés comme “contraceptifs“, qui n’agissent plus au niveau de la conception de l’embryon mais qui interrompent son développement initial: les méthodes interceptives interceptent l’embryon avant son implantation dans l’utérus, les méthodes contragestives provoquent l’élimination de l’embryon à peine implanté. Il ne s’agit plus de contraception mais d’avortement très précoce. 
Par ailleurs, il a été établi, dès les années 1950, que les contraceptifs oraux n’étaient pas de “purs anti-ovulants” comme on le prétend souvent. Ils coagulent la glaire cervicale et freinent la remontée des spermatozoïdes vers l’utérus, empêchant la fécondation ; bloquent l’ovulation, avec néanmoins un échappement ovulatoire de 5% environ. L’allègement des dosages afin d’éviter les effets secondaires a encore accru ce taux, que l’on estime à environ 9%. Ils empêchent également le développement de la muqueuse endométriale, faisant de l’utérus un milieu hostile à la vie si une fécondation s’est produite : l’effet est alors abortif. Malgré la difficulté d’établir précisément un pourcentage objectif de ces avortements précoces, on estime que 15 ans de prise de pilule contraceptive détruisent 2 embryons.
 
Contragestifs et interceptifs
 
Les méthodes contragestives regroupent les vaccins anti-hCG, les produits à activité antiprogestérone (RU 486 ou mifépristone) et les prostaglandines. 
 
Les méthodes interceptives comprennent les progestatifs, les dispositifs intra-utérins et la contraception d’urgence. 
 
  • Les progestatifs inhibent en partie l’ovulation mais agissent principalement sur le col utérin et l’endomètre, les rendant non réceptifs à l’embryon. Ils causent également une coagulation du mucus cervical et une perturbation de la motilité des trompes de Fallope ce qui rend difficile la progression de l’embryon et augmente le taux de grossesses extra-utérines. Les progestatifs provoquent chez la femme des saignements irréguliers et imprévisibles, ainsi que des effets secondaires spécifiques selon les produits (retour difficile à une fertilité normale, maux de tête, changement d’humeur, douleurs abdominales, etc.). 
Les progestatifs s’administrent sous différentes formes. La mini-pilule ou pilule à faible dosage est utilisée en cas de dysovulation. Une femme sous mini-pilule pourrait subir sans s’en douter un avortement par an. Les progestatifs injectables (DMPA ou Depo-Provera, NET-EN, Lunelle, etc.) ont la même action que la mini-pilule avec une grande efficacité. Le Depo-Provera est le symbole des “politiques de contrôle de population” dans les pays en voie de développement. Les implants sous-cutanés (Norplant, Norplant II, Capronor) sont des produits de longue durée qui agissent plusieurs années. L’hormone se diffuse de manière uniforme, constante et lente, au fur et à mesure que son enveloppe biodégradable en silicone est absorbée par l’organisme. Autorisé dans 60 pays, le Norplant a un taux de grossesse de 1,6% au bout de quatre ans.
 
  • Le stérilet est un dispositif intra utérin (DIU) en plastique ou en argent qui empêche principalement l’implantation de l’embryon sur l’endomètre. L’endomètre, irrité par l’introduction d’un corps étranger dans l’utérus, rend celui-ci inapte à la nidation et augmente l’activité contractile des trompes et du col utérin, retardant d’une part l’ascension des spermatozoïdes et empêchant d’autre part l’implantation de l’œuf fécondé. Le stérilet peut aussi comporter de petites pièces de cuivre qui ont un effet toxique sur les spermatozoïdes ou diffuser un progestatif. 
 
  • La contraception d’urgence ou contraception post-coïtale a une action encore mal connue. Si elle peut avoir un effet contraceptif lorsque l’ovulation n’a pas eu lieu, cela ne suffit pas à expliquer l’efficacité du produit. Alors qu’aucune étude n’a pu prouver objectivement que la pilule du lendemain avait une simple action contraceptive, nombreuses sont celles qui ont montré un lien entre la prise d’un contraceptif d’urgence et l’apparition de déséquilibres hormonaux et d’anomalies au niveau de l’endomètre utérin. “S’il y a place pour quelque incertitude en ce qui concerne l’action exacte de moyens de contraception d’urgence, ce doute penche en faveur d’une action abortive, par empêchement de l’implantation“. Par ailleurs, l’intention qui préside à la prise d’une contraception d’urgence est clairement abortive : le médecin la prescrit pour empêcher le développement d’une possible grossesse.
 
Conclusion
Ces éléments conduisent J. Suaudeau à conclure que “contraception et avortement sont en fait étroitement liés. Ils le sont dans leur réalité biologique. Ils le sont dans la mentalité qui les présuppose.”

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