Conséquences d’un acquittement

Publié le 11 Avr, 2008

La Croix revient longuement sur l’acquittement de Lydie Debaine, cette femme d’une soixantaine d’années qui a tué sa fille déficiente mentale de 26 ans, le 14 mai 2005 en lui administrant plusieurs cachets d’anxiolytiques avant de la noyer dans sa baignoire (cf. Synthèse de presse du 10/04/08).

Dans son éditorial, Dominique Quinio souligne que cette affaire, si dramatique soit-elle, fait écho aux débats sur l’euthanasie et s’interroge sur l’acquittement prononcé par la cour d’assises du Val d’Oise et le sens que revêt cette décision. "Y a-t-il eu homicide ? Tuer une personne gravement lésée dans son corps et dans son esprit ne serait pas un crime ? Cette personne serait-elle moins humaine que d’autres victimes ?" ; autant de questions auxquelles le jury a, en acquittant Madame Debaine, répondu par la négative. Alors que "la mort donnée apparaît comme une réponse logique – acceptable en tous cas", Dominique Quinio se demande quelle sorte de société sommes-nous en train de construire "si nous sommes incapables de prêter main forte, de soulager un moment le fardeau, d’accompagner, de proposer des soutiens, des accueils" à des parents en détresse ?

Au moins cette affaire aura-t-elle "mis en lumière le problème de l’épuisement de certains parents qui assument seuls la prise d’enfants très lourdement handicapés". Depuis plusieurs années déjà, nombre d’associations du monde du handicap appellent à développer des structures d’accueil notamment pour permettre aux parents de "souffler".

Pour Denis Sala, chercheur à l’Ecole nationale de la magistrature, cette affaire révèle aussi "une décriminalisation de ce que l’on appelle des homicides par compassion". Avocat général près de la cour d’appel de Paris, Philippe Bliger juge cette situation "préoccupante" : au-delà de la compassion, pour lui, "donner la mort reste un tabou à ne pas transgresser". Il estime que le parquet devrait au moins requérir une "peine de principe", c’est-à-dire de la prison avec sursis.

Sociologue et professeur à l’université de Bordeaux 3, Patrick Baudry souligne, lui, le "changement du rapport à la mort" qu’illustre cette affaire, craignant une "banalisation du geste euthanasique" dans notre société actuelle. Alors qu’il devrait être auditionné par le comité chargé d’évaluer la loi Leonetti sur la fin de vie, il se montre défavorable à une évolution de cette loi : "si l’on va plus loin que ce qui est aujourd’hui permis par ce texte, je crains que toute fin de vie ne risque de devenir l’occasion de commettre une euthanasie. Que tout devienne excusable. Je ne suis pas persuadé qu’il faille toujours comprendre le malheur des autres et ne pas sanctionner, même symboliquement. La peine infligée par un juge a une vertu : elle indique clairement qu’on ne peut tuer autrui impunément. Et je pense même que la sanction a une fonction d’aide pour la personne qui comparaît. Cela lui permet d’être décollé de son acte, d’en voir la portée restituée par la justice. Alors que trop vite excusée, trop vite comprise, elle risque de rester prisonnière d’un geste qui l’a dépassée".

Le parquet de Pontoise a souhaité qu’il n’y ait pas d’appel du jugement de la cour d’assises du Val d’Oise. La décision finale revient au parquet général de Versailles.

La Croix (Dominique Quinio, Pierre Bienvault, Marianne Gomez, Gwenaëlle Moulins, Céline Rouden) 11/04/08 – Libération 11/04/08

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