Commercialisation du Praenatest : polémique

Publié le : 14 septembre 2012

Dans la Revue Médicale Suisse, Jean-Yves Nau donne son point de vue sur l’arrivée du Praenatest (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 29/08/12). Ce test fait émerger une question : "celle de savoir si avec la fin de vie annoncée de la pratique de l’amniocentèse nous allons (ou pas) assister à un début de débat (véritable) sur la trisomie 21". Ce vrai débat concerne "les conditions de la généralisation [du] dépistage [de la trisomie 21] en période prénatale", mais aussi "débattre […] dans les cénacles spécialisés de spécificité, de sensibilité, de standardisation des pratiques, de risques et de bénéfices". C’est précisément concernant les bénéfices que le "bât commence à blesser. Bénéfices ‘psychologiques’ individuels et intérêts économiques collectifs ?".

Pour le journaliste, "l’histoire gardera en mémoire que tout ou presque est venu de Suisse, premier pays de la Vieille Europe à donner son feu vert à la possible commercialisation d’un test de dépistage prénatal ouvrant la voie à une désormais possible éradication de la trisomie 21 via le recours à l’interruption ‘médicale ‘ ou ‘volontaire’ de grossesse". Avec le Praenatest, "le résultat peut désormais être obtenu vers la douzième semaine de grossesse à partir d’une simple prise de sang" chez la mère, et donc "aux lisières de l’interruption volontaire de grossesse et en faisant l’économie du risque (de fausse couche et financier) inhérent à l’amniocentèse".

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Pèlerin, Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, explique qu’il faut se rendre à l’évidence : "un progrès technique n’est pas forcément un progrès médical". Avec le nouveau test, "les avortements se passeraient plus tôt qu’aujourd’hui. Ils ne relèveraient plus de l’interruption médicale de grossesse (IMG) qui doit être justifiée, mais de l’IVG (Interruption volontaire de grossesse). Les dérives eugénistes seraient indécelables !". En outre, précise-t-il sur le site internet du Nouvel Observateur "Pourquoi Docteur", "dans le camp des ‘anti-nouveaux test’ contre la trisomie, certains évoquent aussi le prix très élevé de ce dépistage s’il devait être un jour remboursé par la sécurité sociale. En Allemagne, il aurait été commercialisé aux alentours de 1250 euros. Pour le professeur Yves Ville, le prix du test en France, tel qu’il le pratique actuellement dans le cadre de l’étude qu’il pilote à Necker, est bien moins élevé et surtout il va très vite baisser. ‘Le prix coûtant aujourd’hui, c’est 400 euros et on peut estimer qu’une fois qu’on en fera plus, le prix va considérablement décroître, très bientôt il pourra être fait pour 200 euros. Actuellement, le prix global d’une amniocentèse c’est 500 euros’. Aujourd’hui, le Pr Yves Ville lance un appel aux pouvoirs publics afin de pouvoir étendre son étude à plus de femmes’".

Cette inquiétude est d’autant plus forte lorsque l’on sait "qu’un peu plus de 55 500 femmes ont en 2010 accepté de subir [l’amniocentèse], qu’un diagnostic de trisomie 21 a pu être confirmé dans près de 2000 cas […] [et que] dans près de 95% des cas, ces femmes demandent une interruption médicale de grossesse qui leur est systématiquement accordée". Ainsi, Jean-Yves Nau précise que "c’est précisément cette politique volontariste et égalitaire de dépistage et de prise en charge qui explique que la proportion de cas de trisomie 21 détectés avant la naissance a considérablement augmenté", et que seuls "500 [enfants] trisomiques […] naissent chaque année en France".
Jean-Yves Nau termine par un constat et une interrogation : "la technique avance vite. La politique saura-t-elle la précéder ?".

Revue Médicale Suisse (Jean-Yves Nau) 05/09/12 – Pèlerin ( Marie-Christine Vidal) 13/09/12 - pourquoi-docteur.nouvelobs.com (Mélanie Gomez) 12/09/12

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