Co-parentalité et procréation artificielle brouillent la filiation génétique

Publié le : 2 novembre 2020

Les nouvelles techniques de procréation artificielle viennent « brouiller la définition de la parentalité », affirme une universitaire australienne dans la revue Bioethics. Hilary Bowman-Smart, du Murdoch Children’s Research Institute de Melbourne liste les scénarios qui peuvent mener à la naissance d’un enfant sans passer par une conception naturelle. FIV, clonage et édition génétique multiplient les scénarios, si bien qu’il pourrait exister « des êtres qui n’ont pas de parents génétiques, un seul parent génétique ou plusieurs parents génétiques », explique Hilary Bowman-Smart.

Un homme serait-il le père de son clone ? Le père du clone de son fils ? Si de l’ADN artificiel servait pour réaliser une FIV, qui serait le deuxième parent ? Si quelqu’un vole les gamètes de son conjoint pour une FIV, seront-ils parents tous les deux ? Si un homme décide de faire faire un enfant avec des caractéristiques génétiques spécifiques, un grand sportif par exemple, qui ne sont pas les siennes : c’est lui qui porte le projet, c’est lui qui paye, est-il considéré comme le parent ? Si un couple décide de modifier génétiquement son embryon, tellement que la part génétique commune à l’enfant et ses parents devient très faible, les parents restent-ils vraiment des parents ? Si « trois embryons sont fusionnés pour créer une chimère humaine, avec six géniteurs génétiques, (…) qui est le parent principal ? »

Des scénarios pas tous possibles, « mais pas totalement invraisemblables ». Hilary Bowman-Smart se demande si la parentalité génétique ne va pas finir par être définie par un pourcentage minimum obligatoire d’ADN en commun, pour ces enfants issus de la technologie et privés de père et mère traditionnels. Elle souligne aussi la question du « rôle social » qui voit le parent là où un adulte répond aux besoins d’un enfant et le borde tous les soirs.

En supprimant l’amour et le couple, le concept émergent de « co-parentalité » vient rendre plus difficile encore la définition de la parentalité. La « co-parentalité platonique », c’est « la décision d’avoir un enfant avec quelqu’un avec qui on n’a pas de relation amoureuse et, dans la plupart des cas, avec qui on choisit de ne pas vivre », explique le journal Guardian, témoignages à l’appui (cf. Coparentalité : la filiation en échec). Plusieurs sites existent pour mettre en relation des hommes et des femmes, qui veulent fonder une famille mais n’ont pas trouvé la femme de leur vie, l’homme de leur vie. Par Internet, ils trouvent un co-parent, un « partenaire non romantique », s’assurent d’avoir la même vision de l’éducation, puis organisent directement une garde alternée comme pour un couple qui ne s’entend plus. Coparents.co.uk, lancé 2008, compte 120 000 membres, Modamily, créé à Los Angeles en 2012, affiche 30 000 membres, 53 000 pour PollenTree.com. Ces deux derniers sites ont enregistré une hausse de trafic de 30 à 50 % pendant le confinement.

Sources : BioEdge, Michael Cook (31/10/2020) ; Guardian, Deborah Linton (31/10/2020)

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