Claire Fourcade : « Le débat public doit se fonder sur des données fiables et dénuées de toute instrumentalisation »

Publié le 29 Août, 2022

Dans une tribune pour le Journal du Dimanche, le Dr Claire Fourcade, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), répond à Line Renaud et Olivier Falorni qui militent pour « légaliser l’aide active à mourir » dans une tribune parue le 21 août. « Nous souhaitons que le débat tienne compte des faits et de la complexité de décisions et d’actes qui engagent la vie et la mort, et pas seulement des opinions et des émotions », explique le Dr Fourcade qui dénonce un texte qui contient « de nombreuses inexactitudes ou approximations ». « Le débat public doit se fonder sur des données fiables et dénuées de toute instrumentalisation », insiste-t-elle.

« L’euthanasie clandestine n’est pas une pratique courante en France », rappelle Claire Fourcade, alors que le premier ministre Elisabeth Borne estime de son côté que « la loi actuelle ne règle pas tout ». Citant la promesse de campagne d’Emmanuel Macron (cf. Fin de vie, GPA… : Emmanuel Macron précise son programme en matière de bioéthique), « il nous faudra être très à l’écoute des attentes des citoyens, des parlementaires, du CESE et du Comité national d’éthique », déclare-t-elle.

Un « modèle belge » ?

Les chiffres du dernier rapport officiel de la commission de contrôle belge indiquent que 45 personnes étrangères ont eu recours à l’euthanasie en Belgique en deux ans. Pas de « tourisme de la mort » donc, constate Claire Fourcade.

Par ailleurs, alors que la tribune signée par Olivier Falorni prétend que « l’euthanasie n’a pas empêché l’instauration d’un système de soins palliatifs performants en Belgique », une étude de l’OMS datant de 2020 « montre au contraire une absence d’évolution des soins palliatifs depuis dix ans dans ce pays », pointe le médecin. Et le nombre d’euthanasies y est passé de 200 à 2900 en 20 ans (cf. Euthanasie en Belgique : après 20 ans de dépénalisation, le constat d’un échec).

Le non des soignants

Toujours selon les chiffres de la commission de contrôle belge, « moins de 3 % des médecins acceptent de participer à une injection létale », note Claire Fourcade. Leurs objections « ne sont ni morales ni religieuses, mais relèvent des blessures psychologiques et du stress émotionnel qu’un tel acte engendre, et qui ne peuvent manquer de rejaillir sur leur pratique quotidienne », souligne-t-elle.

Par ailleurs, les soignants mettent en garde contre les « pressions inévitables sur les patients, qu’elles soient sociales, médicales ou familiales ». Et redoutent « l’élargissement constant des euthanasies jusqu’à des patients dont le pronostic vital n’est pas engagé ». Ce qui est le cas en Belgique et ce qui est prévu par la proposition de loi d’Olivier Falorni (cf. Euthanasie : « la ligne d’arrivée de cette course à l’émancipation, c’est l’isolement et la solitude »).

Ainsi, « plus d’une dizaine de sociétés savantes et d’organisations professionnelles se sont exprimées récemment pour dire leur inquiétude face aux velléités de légalisation de l’euthanasie » (cf. Fin de vie : des soignants alertent sur les conséquences « éthiques et déontologiques » d’un changement de la loi). « Représentant près d’un million de soignants (médecins et infirmiers), elles ont la légitimité pour parler en leur nom et n’ont pas besoin que d’autres s’en chargent sans les consulter », s’agace Claire Fourcade. « Les soignants n’ont pas vocation à administrer la mort. »

 

Sources : Le Journal du Dimanche, Claire Fourcade (27/08/2022) ; Femme actuelle, Solène Delinger (28/08/2022)

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