Cellules embryonnaires humaines : controverses

Publié le : 14 octobre 2010

La presse se fait l’écho des controverses sur la recherche sur l’embryon humain. De la révision de la loi de bioéthique en France et des autorisations de recherche données par l’Agence de la biomédecine (ABM) au premier essai clinique américain avec des cellules embryonnaires humaines : le débat est intense, à la fois scientifique et éthique.

Alors que les cellules iPS découvertes par le chercheur Shinya Yamanaka en 2007 sont des cellules souches adultes redevenues pluripotentes, on peut se demander si les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) ne sont pas devenues caduques. Si certains voient dans la recherche sur les cellules iPS une alternative sûre aux travaux sur les cellules souches embryonnaires, qui pose le problème de la destruction d’embryons, des chercheurs comme Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l’hôpital George Pompidou, affirment pourtant : "les cellules iPS ne remettent pas en cause les cellules CSEh […] interrompre la piste de recherche sur les CSEh reviendrait à se fermer des portes". Philippe Menasché travaille à un traitement de l’insuffisance cardiaque après infarctus avec des cellules souches humaines qui devrait bientôt faire l’objet d’un essai clinique.

De façon générale, les cellules souches sont utilisées dans le criblage pharmaceutique, qui consiste à tester l’efficacité et la toxicité de molécules thérapeutiques sur des cellules humaines, et dans la modélisation des maladies génétiques (Cf. Synthèses de presse du 07/10/10 et du 11/10/10). L’Institut I-Stem, créé par l’Inserm et par l’Association française contre les myopathies (AFM), est doté de 25 lignées correspondant chacune à une maladie génétique. 

Jean-Claude Ameisen, membre du CCNE et président du Comité d’éthique de l’Inserm, voit dans la loi française une contradiction car elle autorise la "destruction d’un embryon humain créé in vitro dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation et qui ne sera pas transféré" mais "interdit sauf dérogation toute recherche sur des cellules isolées à partir de ces embryons détruits". Pierre Jouannet, consultant en biologie de la reproduction à l’hôpital Cochin, déclare quant à lui que "ce qui semble importer dans cette affaire est moins d’interdire ou d’autoriser que de culpabiliser". A l’inverse, ceux qui souhaitent le maintien de l’interdiction des recherches sur les cellules embryonnaires considèrent cette prohibition indispensable pour la protection de l’embryon humain.

Actuellement, la France interdit les recherches sur les cellules souches embryonnaires tout en accordant des dérogations si ces recherches permettent des progrès thérapeutiques majeurs et si elles ne peuvent être réalisées par d’autres méthodes d’efficacité comparable. 

Au vu de ces deux exigences, la Fondation Jérôme Lejeune a lancé une action en justice contre une autorisation délivrée par l’ABM à l’équipe de Marc Peschanski, directeur scientifique d’I-Stem, effectuant des recherches sur des cellules souches embryonnaires humaines porteuses d’une pathologie rare (Cf. Synthèse de presse du 06/10/10). Marc Peschanski a suspendu ses recherches dans l’attente de la décision du tribunal administratif de Paris.

Pour Marc Peschanski, "nous avons des signes avant-coureurs laissant penser que nous verrons, dans les cinq ans qui viennent, des succès en matière de thérapie cellulaires avec les CSEh". Selon lui, tant que ces recherches sont sous un régime d’interdiction avec dérogation, elles ne pourront obtenir des investissements suffisants pour passer au stade thérapeutique, la dérogation pouvant être retirée à tout moment.  

Depuis la loi de bioéthique de 2004, l’ABM a a autorisé 48 protocoles de recherche sur les cellules souches embryonnaires. Selon l’Alliance pour les sciences de la vie (Aviesan), 22 équipes françaises travaillent sur des cellules embryonnaires et 15 équipes sur des cellules iPS. Parmi ces dernières, 8 équipes figurent parmi les 22 utilisant des cellules embryonnaires humaines.

Aux Etats-Unis, la controverse sur la recherche sur l’embryon humain est intense. D’une part, le 11 octobre 2010, la société américaine Geron a annoncé avoir commencé un premier essai de phase I chez l’homme, d’un traitement utilisant des cellules souches embryonnaires humaines (Cf. Synthèse de presse du 12/10/10). D’autre part une importante bataille juridique a lieu concernant l’interdiction de fonds fédéraux pour la recherche sur les cellules embryonnaires humaines. Bien que, le 28 septembre 2010, la Cour d’appel de Washington a levé provisoirement cette interdiction, le débat n’est pas encore clos. La recherche sur les CSEh a repris mais la décision définitive de la Cour d’appel est  attendue pour fin décembre 2010.

Le Monde (Paul Benkimoun, Sylvain Cypel) 15/10/10 - Le Quotidien du médecin (Dr. Béatrice Vuaille) 14/10/10 - Le Point.fr (Anne Jeanblanc) 13/10/10

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