Bioéthique : entretien avec Claude Huriet

Publié le 3 Jan, 2006

Dans une interview consacrée au magazine La Recherche, Claude Huriet* revient sur la "Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme" récemment adoptée par la Conférence générale de l’Unesco.

Claude Huriet explique qu’il n’y a pas de "bioéthique universelle" mais "des valeurs universelles sur lesquelles on peut fonder des recommandations relatives à la bioéthique" comme la liberté de la science et de la recherche, le respect de la dignité humaine, des libertés fondamentales et de l’autonomie de la personne.

Au départ, le Comité International de Bioéthique de l’Unesco avait la mission d’élaborer une "Déclaration relative à des normes universelles de bioéthique". Pour Claude Huriet, une réflexion bioéthique ne "peut aboutir à définir des normes" car c’est à la loi de les fixer. Les instances éthiques se doivent d’émettre des avis, des recommandations.

La déclaration actuelle n’est pas juridiquement contraignante mais constitue "un cadre cohérent" susceptible de "guider les États pour la mise en place de leurs politiques et de leur législation".
Cette Déclaration est fondamentale parce qu’elle "lie la bioéthique et les droits de l’homme". Pour Claude Huriet, le principe le plus important édicté par la Déclaration est celui du consentement éclairé notamment par rapport aux essais cliniques effectués par les pays développés dans les pays en voie de développement.

Claude Huriet rappelle que la réflexion bioéthique est un "questionnement nécessairement pluraliste, une réflexion évolutive qui cherche l’équilibre entre le progrès des biosciences et la place de l’homme dans la société. Elle ne peut être confondue ni avec la déontologie ni avec la morale".

A propos de la loi de bioéthique de 2004 qui interdit la recherche sur l’embryon humain mais qui l’autorise "par dérogation", Claude Huriet rappelle que les deux principes émis, celui du respect de la vie dès son origine – auquel il souscrit – et celui de la personnification différée de l’embryon, ne sont pas conciliables "d’où ce grand écart que je trouve incompréhensible d’un point de vue législatif".

Claude Huriet suppose que lors de la prochaine révision des lois de bioéthique, il sera difficile de revenir sur la recherche sur les cellules souches d’embryons humains. Il persiste à dire qu’il ne faut pas négliger le potentiel des cellules souches adultes et de sang de cordon et regrette qu’il n’y ait pas plus de moyens consacrés à la recherche sur les cellules souches adultes.

* médecin, ancien sénateur, actuel président de l’Institut Curie, membre du Comité International de Bioéthique de l’Unesco (le CIB).

La Recherche (Cécile Klingler) janvier 2006

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