Avortement au Salvador : les femmes incarcérées le sont pour infanticide

Publié le : 24 septembre 2020

Au Salvador, comme dans la majorité des pays d’Amérique du Sud, l’avortement est interdit. De nombreuses associations pro-IVG font pression pour changer la loi. Pourtant elle semble peu appliquée « puisque les rapports officiels indiquent qu’aucune femme n’est actuellement emprisonnée pour avortement provoqué au Salvador, même dans le cas rare d’une condamnation », explique le professeur Ligia Castaldi, chercheur associée à l’ECLJ qui a travaillé à la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

Plus précisément, dix-huit femmes sont actuellement incarcérées au Salvador pour infanticide. Mais « les organisations pro-avortement (…) « 17+ » et « Manuela » affirment que les condamnées pour infanticide sont des femmes incarcérées pour avoir avorté, fait une fausse couche ou eu une urgence obstétricale. À l’ère des « infox » ou « fake news », la campagne pour la libération des « 17+ », femmes condamnées pour infanticide est une parfaite illustration de la diffusion massive de fausses informations ».

La décriminalisation de l’infanticide « semble être la prochaine étape dans la promotion de l’avortement ». Depuis début 2020, au moins 14 détenues ont été libérées : liberté conditionnelle, commutation de peine, ou annulation de condamnation. Toutes étaient condamnées pour infanticide volontaire sur leurs propres enfants biologiques. Toutes avaient écopé de la peine minimale requise pour les homicides volontaires, tenant compte de motifs tels que « l’aliénation mentale, la diminution de la capacité mentale ou des troubles émotionnels extrêmes ». Ces nouveau-nés ont subi des violences indicibles, « battus, poignardés, étranglés et noyés dans les toilettes et les fosses septiques. Leurs corps ont été jetés de manière dégradante et inhumaine ». Les documents des tribunaux attestent dans chaque affaire les détails, les preuves photographiques, etc. « Les faits de chaque cas, (…) ont dans tous les cas été délibérément déformés pour dissimuler ou minimiser la mort d’un nouveau-né aux mains de sa mère. Les homicides aggravés de nouveau-nés ont été qualifiés à tort d' »avortement », de « fausse couche » ou d' »urgence obstétricale ». »

Qu’en est-il du respect des droits de l’enfant ? Ce plaidoyer, présenté comme une lutte pour la dépénalisation de l’IVG, se bat en réalité pour l’impunité des infanticides. « Le zèle pour une cause, quelle qu’elle soit, y compris la cause de l’avortement, ne donne pas le droit de mentir. Le droit pénal salvadorien ne pénalise pas l’avortement spontané ou fausse-couche, c’est-à-dire la mort involontaire d’un enfant à naître. Il ne pénalise pas non plus les urgences obstétriques ». La campagne contre le Salvador va donc au-delà de l’« avortement post-natal » de Virginie et de l’« euthanasie néonatale » des Pays-Bas : il prône la décriminalisation totale en cas de « crime contre un très jeune enfant ».

D’après Ligia Castaldi, cela ne conduira peut-être pas à la dépénalisation de l’IVG au Salvador ni à l’impunité de l’infanticide, car ce pays « a l’une des traditions juridiques pro-vie les plus fortes d’Amérique latine ». Mais plusieurs responsables gouvernementaux, dont un juge à la Cour Suprême, soutiennent désormais cette campagne. Cette « proposition macabre de tolérer l’infanticide, au nom du droit à l’avortement » montre en réalité « la logique infanticide de l’avortement » et la sombre radicalisation des mouvements pro-IVG. Car l’égal traitement de l’avortement et de l’infanticide est bien « basé sur un mépris égal de la vie du fœtus et du nouveau-né ».

 

Source : ECLJ, Ligia Castaldi (23/09/2020)

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