Avortement après fécondation in vitro

Publié le : 16 juin 2010

80 fœtus conçus par fécondation in vitro (FIV) sont avortés en moyenne chaque année en Grande-Bretagne, ce qui représente environ 1% des grossesses par assistance médicale à la procréation, selon les données de la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA).

Le Pr Bill Ledger, membre du HFEA, est perplexe : "Je ne comprends pas pourquoi il y a tant d’avortements post-FIV, mais je sais que chacun est une tragédie !" Tandis que Susan Seenan de l’Infertility Network UK affirme : "Tous ceux qui sont passés par la FIV savent à quel point cela peut être une épreuve longue et pénible. La décision de mettre un terme à une telle grossesse ne se prend pas à la légère, et je pense qu’il doit y avoir de bonnes raisons". Laura Riley, une porte-parole du British Pregnancy Advisory Service, propose une piste : "Les femmes et les couples qui ont recours à un donneur de spermatozoïdes ou à la FIV ne sont malheureusement pas plus à l’écart des caprices de la vie que les couples qui procréent naturellement".

Diverses explications sociales et médicales sont avancées. Certaines femmes arrêtent leur grossesse après la découverte d’une anomalie sévère sur le bébé. D’autres après s’être séparée de leur mari ou de leur ami. Parfois, l’homme a pu être poussé à accepter la FIV et la réalité de la grossesse de sa compagne le conduit à partir. Cette dernière se retrouve alors démunie.

Mohamed Menabawey, spécialiste de l’infertilité et directeur médical au London Bridge Fertility Centre, explique pourquoi il ne peut accepter les raisons sociales comme justification de l’avortement : au contraire d’une adolescente de 14 ans désemparée par sa grossesse, il s’agit ici d’adultes, généralement mariés, des femmes qui ont pu persuader un collège de psychologues et de médecins qu’elles désirent tellement un enfant au point de pouvoir recourir à la FIV.

Toutefois, d’après sa propre expérience, M. Menabawey sait que, pour bien des couples, le passage par la FIV peut être très stressant et provoquer la fin de la relation. Il s’agit d’une procédure lourde impliquant souvent des injections journalières d’hormones et, selon les cas d’infertilité, des opérations chirurgicales pour recueillir les gamètes. La pression ressentie pour concevoir relègue la relation conjugale au second plan. Malheureusement même les experts conseillant les couples qui vont recourir à l’assistance médicale à la procréation ne les préparent pas toujours à l’âpre réalité ou au parcours émotionnel qu’ils vont connaître au cours de ce qui est souvent une douloureuse expérience. Dès lors, les ruptures sont la cause la plus courante de ces avortements.

En cas de séparation, une femme "pense peut-être que c’est le mieux à faire pour son enfant", estime Mohamed Menabawey, avant de se montrer réservé : "Personnellement, quelle que soit la situation, je trouve incroyablement triste qu’une femme puisse choisir d’avorter alors qu’elle a souffert pour avoir un enfant. Même un seul avortement post-FIV par an serait de trop… N’importe quel médecin spécialiste de la FIV dira qu’il a choisi ce métier pour la joie d’aider des gens à devenir parents". Le médecin ajoute : "Nous croyons sincèrement que nous participons à la construction d’une famille, et de liens entre un parent et un enfant qui ne peuvent être rompus"

BBC 07/06/10 - Dailymail (Mohamed Menabawey) 08/06/10 - Times (Lois Rogers) 06/06/10

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