Avis 112 du CCNE : les limites de l’éthique de la discussion

Publié le : 20 juillet 2011

Dans un entretien accordé à Liberté Politique, le théologien Xavier Lacroix explique son soutien "avec réserves" de l’avis 112 du CCNE relatif à la recherche sur les cellules d’origine embryonnaire humaine et la recherche sur l’embryon in vitro (cf. Synthèses de presse du 02/12/10 et du 03/12/10). Avec 10 autres membres, Xavier Lacroix a en effet signé un texte de réserves publié en fin de l’avis 112.

Pour lui, son soutien au texte s’explique par le fait qu’il "n’y a pas de ‘vote’ au CCNE. Il n’y a pas non plus d’unanimité. Le texte exprime la ligne où une convergence […] a été trouvée. Au-delà, se manifestent les divergences." Par ailleurs, il estime que ce texte exprime une "tension éthique" et relève des paradoxes qui méritaient d’être exposés. Il note notamment celui "selon lequel la loi interdit la recherche tandis qu’elle autorise la destruction" de l’embryon.

Concernant ses réserves, Xavier Lacroix affirme que "le texte laisse ouvertes des questions qui devraient être tranchées". Ces réserves tiennent en quatre points principaux :

– le souhait du maintien d’un système juridique reposant sur un interdit fondamental ;
– l’affirmation que la dignité de l’embryon ne tient pas au projet parental mais à son être ;
– la diminution et à terme l’arrêt de la production d’embryons surnuméraires ainsi que les ont déjà mises en œuvre les législations allemandes et italiennes. "Les cliniciens mettent en avant les difficultés d’ordre médical provenant du faible taux de réussite des PMA, mis en regard avec les risques du prélèvement d’ovocytes. Mais je pense que les deux problèmes ne sont pas du même ordre : d’un côté on a une objection éthique, qui relève d’une exigence de respect et d’un refus de la chosification, de l’autre on a une difficulté pratique, pragmatique", précise Xavier Lacroix ;
– l’opposition à toute création d’embryons pour la recherche.

Sur le statut ontologique de l’embryon humain, Pierre-Olivier Arduin regrette, dans un autre article, que le CCNE se contente de qualifier l’embryon "d’énigme" sans tenter d’en identifier la nature. "Au lieu de faire l’effort de rechercher objectivement ce qu’est en soi l’embryon, le CCNE fait reposer son raisonnement sur le postulat suivant, lequel n’est à aucun moment questionné : il est impossible de fonder rationnellement la valeur de l’embryon humain et le respect qui lui est dû."

"Parce que la logique scientifique considère la vie humaine comme un processus continu depuis la fécondation, le raisonnement éthique et juridique peut légitimement revendiquer une protection de ce processus au nom du principe cardinal de dignité. La protection de la vie de l’embryon in vitro constitue dès lors un impératif légal qui s’impose à nos responsables politiques, qui plus est en parfaite cohérence avec l’article 16 du code civil qui "garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie". Sinon pourquoi le législateur aurait-il inscrit dans les lois de bioéthique le principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon et en quoi l’actuel projet de loi du gouvernement souhaite-t-il le maintenir ?", argumente-t-il. Il précise par ailleurs que ce n’est pas l’embryon qui change au moment de l’abandon du projet parental, mais bien les parents qui changent d’avis. "L’embryon n’est que la victime de ce changement".

Pour Xavier Lacroix, ces divergences des membres du CCNE par rapport à l’avis 112 marquent bien "les limites de l’éthique de la discussion". Il considère pourtant que "cela ne disqualifie pas une institution".

Liberté Politique.com 07/12/10

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