Avec le COVID, les banques de sperme sont à sec et les business parallèles fleurissent sur Facebook

Publié le : 14 janvier 2021

A la Seattle Sperm Bank, l’une des plus grosses banques de sperme américaines, la demande a bondi de 20 % en un an, alors que le nombre de donneurs est passé de 180 à 80 le mois dernier. Les donneurs habituels ont cessé de venir, empêchés par les confinements successifs, et de nouveaux donneurs n’ont pas pu être recrutés. La demande mondiale de sperme augmente. « Avec la légalisation du mariage gay et la montée de la maternité célibataire élective, le marché s’est développé au cours de la dernière décennie, peut-on lire dans le New-York Times. Environ 20% des clients des banques de sperme sont des couples hétérosexuels, 60% sont des femmes homosexuelles et 20% sont des mères célibataires par choix, selon les banques ».

Les femmes réclament du sperme « intelligent », diplômé des grandes universités. A Stanford, Cambridge ou Harvard, les jeunes gens sont spécialement visés. Les banques leur proposent jusqu’à 4.000 $ en échange d’une cinquantaine d’enfants à travers le monde. Et côté femme, « chaque flacon d’une banque premium peut coûter jusqu’à 1 100 $. (…) Chaque mois, pendant l’ovulation, une future mère (ou son médecin) ouvre un flacon et injecte le sperme. La recommandation est d’acheter quatre ou cinq flacons par enfant souhaité (…). Et comme les donneurs se vendent rapidement, si une femme veut deux enfants avec le même donneur, elle doit avoir à disposition environ 10 000 $ ». Sans compter que les hommes « beaux » ont de longues listes d’attente.

Alors « les gens en ont assez des banques de sperme » et se tournent vers des groupes Facebook de mise en relation donneurs-femmes. Sperm Donation USA, par exemple, a 11.000 membres. Son fondateur, M.Gordy, s’enorgueillit de 35 enfants à travers le monde et cinq grossesses en cours aux Etats-Unis. « Désormais, les médias sociaux et un certain confort avec la fluidité de Tinder et la simplicité d’Uber inaugurent une autre révolution pour contourner complètement les banques de sperme ». Et on trouve même des applications, comme Modamily et Just a Baby. Pour Raby Byrd, 37 ans, choisir un donneur sur présentation personnelle dans un groupe Facebook est une garantie de qualité : « Je peux choisir qui je veux génétiquement plutôt que de choisir quelqu’un que j’ai rencontré au hasard », ajoutant que « cela signifie également qu’elle peut choisir un donneur qui est plus intelligent et plus attrayant que quelqu’un qu’elle rencontre de façon romantique au jour le jour ».

Officiellement non rémunérés – mais largement remboursés de leur temps et de leurs déplacements – ces hommes ont des motivations plus ou moins douteuses. Quelques « super-donneurs », des « Sperm Kings », donnent sans limite. Le risque est grand pour les enfants de tomber un jour amoureux sans le savoir d’un demi-frère ou d’une demi-sœur. Quinze femmes sont actuellement enceintes aux Etats-Unis grâce au sperme d’Ari Nagel. Pourtant beaucoup de ces donneurs témoignent de leur solitude, ou de leur « fort désir de savoir que [leurs] gènes ont été transmis », parce qu’ils le « méritent ». Ils sont nombreux à exiger une insémination dite « naturelle », c’est-à-dire, tout simplement, une relation sexuelle dans un AirBnB. « La frontière entre l’altruisme et un pervers sexuel peut devenir rapidement trouble et soulève des questions de sécurité ». Certaines femmes se croient protégées par les lois interdisant aux donneurs de sperme de revendiquer une quelconque paternité, en réalité, « toute activité sexuelle ayant pour résultat un enfant est en dehors de la protection de la loi ». Et il n’y a généralement aucun contrat de signé. Cela a abouti à de nombreuses reconnaissances de paternité pour Ari Nagel par exemple, mais cela semble en réjouir certains, comme Jabob San, 30 ans : « J’ai cette vision de ma cinquantaine et ma soixantaine, et j’ai une grande table à dîner, et j’invite tous mes enfants issus de dons à se joindre à moi pour dîner pour me raconter leurs histoires, leurs voyages. Je veux entendre toutes leurs aventures. C’est ce qui me pousse ».

Sources : New York Times, Nellie Bowles (08/01/2021) ; Capital, Annick Berger (14/01/2021) ; Above The Law, Ellen Trachman (13/01/2021) – Photo : iStock

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