Autoriser de nouvelles chimères ?

Publié le : 19 octobre 2006

La Vie revient sur la demande faite par trois laboratoires britanniques, dont celui de Ian Wilmut le père de la brebis clonée Dolly, de créer des embryons chimériques mi-humain mi-animal. Le Royaume-Uni ayant légalisé la création d’embryons humains pour la recherche, il est probable que la HFEA, agence de bioéthique anglaise, accorde son feu vert à la création d’embryons chimériques.
En 1998 et en 2003, deux autres équipes, américaine puis chinoise, ont tenté l’expérience … sans succès.
La création de chimères pose de nouvelles questions : quelle sera la nature de ces embryons ? Peut-on créer des êtres mi-animal mi humain même au stade embryonnaire ? Pour Axel Kahn, "le matériel produit" ne sera pas un embryon car il ne pourra pas se développer dans un utérus de femme. Pour lui "ces travaux présentent un intérêt éthique majeur en évitant le recours aux ovules féminins". Pour Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm, le recours aux ovocytes animaux pour créer des embryons chimériques pose de nouveaux problèmes et "ajoute au malaise". Pour Jacques Testart, il s’agit d’un "coup médiatique, sans véritable intérêt scientifique. Si l’expérience réussit, ses conclusions ne pourront être appliquées à l’homme puisqu’il restera dans les cellules du matériel animal. Le problème c’est que des grandes revues telles que Nature ou Science vont s’arracher ce genre de publications".

L‘enjeu de ces recherches est toujours le même : identifier des cellules totipotentes, c’est à dire capables de se développer en n’importe quel tissu ou organe humain, ailleurs que sur l’embryon humain. Le Dr Condic de l’université de Salt Lake City a tenté d’intervenir directement sur le génome de l’ovocyte avant la fusion avec le spermatozoïde afin d’obtenir "un amas de cellules totipotentes, incapables de s’organiser en être humain". D’autres scientifiques essaient de déclencher la division de l’ovocyte sans fécondation afin d’isoler les cellules ainsi produites. Mais quelle est la nature des ces produits ainsi conçus ?

Didier Ottinger, historien de l’art, analyse dans son ouvrage Chimères (chez Actes sud) la manière dont les chimères ont été perçues selon les époques : puissances diaboliques du Moyen Age à la Renaissance, elles sont devenues avec les temps modernes synonymes de génie créatif, des figures de l’imaginaire "émancipé du contrôle de l’esprit". A notre ère, la biologie moderne adepte des manipulations génétiques brouille les frontières entre le réel et l’imaginaire et fait le lit des nouvelles chimères.

Pour contourner ces difficultés éthiques, des chercheurs ouvrent d’autres voies. Les travaux du Pr Yamanaka, présentés à Rome lors d’un récent congrès sur les cellules souches adultes*, aurait permis d’obtenir des cellules totipotentes sans passer par un "pseudo-embryon". Il a réussi à identifier chez la souris les gènes capables de reprogrammer une cellule adulte ordinaire en cellule totipotente. Il reste encore à appliquer cette étude chez l’homme. Pour Axel Kahn : "c’est une piste scientifique passionnante qui permettrait de disposer de cellules aux potentiels quasiment équivalents à ceux de l’embryon". Pour Jean-Claude Ameisen, il s’agit d’une "révolution scientifique et éthique. L’originalité de ce travail, c’est qu’il ne s’inscrit pas dans la course à l’embryon qu’on constate ailleurs. Les japonais ont pris le problème à l’envers et ont peut-être apporté la réponse que tous les autres cherchaient".

* Congrès international « Cellules souches : quel futur pour la thérapeutique ? » organisé par la Fédération Internationale des Associations de Médecins Catholiques (FIAMC) et l’Académie pontificale pour la Vie, en collaboration avec la Fondation Jérôme Lejeune (cf. revue de presse du 19/09/06).

La Vie (Claire Legros) 19/10/06

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