Australie : une « détransitionneuse » entame un recours en justice
Dans l’Etat de Victoria en Australie, Mel Jeffries, une femme de 33 ans, regrette sa « transition de genre » hormonale et chirurgicale. Elle a entamé un procès contre les médecins qui l’y ont poussée, dit-elle, alors qu’elle n’était pas en capacité de consentir librement à de telles interventions (cf. « Transition de genre » : le mineur apte à consentir ?). La procédure vise le Dr Jeff Willcox, généraliste, le Dr Jacob Erasmus, psychiatre, et plus largement le Monash Health, le plus important service de santé publique de l’Etat de Victoria.
Mel Jeffries a commencé à l’âge de 16 ans à se déclarer transgenre de façon périodique. Elle croyait être tantôt « non binaire »[1], tantôt un « homme trans », avec parfois des périodes de « réconciliation » avec son sexe. Malgré cette instabilité, essentiellement due à un trouble de la personnalité limite (aussi appelé trouble de la personnalité borderline), Mel Jeffries a été orientée vers une « transition de genre » médicale sans délai.
Une jeune femme qui n’était pas en mesure de donner un consentement libre et éclairé à un traitement aux effets irréversibles
Sollicités dans le cadre de la demande de transition de la jeune fille, une psychologue et un médecin ont fait parvenir un courrier au Dr Willcox. Les deux professionnels ont attiré l’attention sur le fait qu’entamer une transition était prématuré et que la jeune patiente avait besoin d’un suivi psychothérapeutique en rapport avec son isolement social, ses relations avec une famille dysfonctionnelle et son anxiété chronique. Le Dr Willcox lui-même a fait état de « troubles du comportement alimentaire accompagnés de dysmorphophobie, dépression et idées suicidaires et forte probabilité de la présence d’un trouble de la personnalité limite ».
Entre 2013 et 2017, Mel Jeffries a arrêté la prise de testostérone pour intervenir dans des émissions de télévision en tant que « détransitionneuse »… avant de retourner se faire prescrire des hormones auprès du Dr Willcox deux ans plus tard. Son dossier médical atteste du fait qu’elle exprimait un désir de se faire retirer l’appareil génital puis changeait d’avis, déclarait qu’elle aimait son corps de femme, pour demander peu de temps après à se faire mutiler les seins. « Asexuelle », « gender fluid »… la jeune fille avait le discours changeant d’une adolescente qui souffre de plusieurs troubles psychiques, en plus d’être en proie aux bouleversements typiques de sa tranche d’âge.
Une souffrance psychique accentuée par la transition
La jeune femme déplore le fait que la prise d’hormones n’a pas du tout contribué à sa santé mentale, bien au contraire. Elle déclare que sa propension aux pulsions suicidaires et à l’auto-mutilation s’est développée. Sa souffrance psychique est accentuée par les effets de la testostérone sur son corps : une voix irrémédiablement masculinisée, de l’hirsutisme, une hypertrophie douloureuse du clitoris, des douleurs pelviennes, de l’incontinence et des odeurs corporelles et acné prononcées. La jeune femme regrette cruellement d’avoir fait mutiler ses seins.
Un choix sous pression
Mel Jeffries s’estime être victime d’une institution médicale acquise au modèle du « soin trans-affirmatif » qui exclut toute possibilité de prise de charge psychothérapeutique face à une demande de « transition de genre » de la part d’un mineur.
Elle met également en cause la « communauté trans » qui l’aurait manipulée pour qu’elle taise ses doutes et les rejoigne. « Ils me rattrapaient dès que j’essayais de m’éloigner… j’ai été influencée par leur discours selon lequel une personne trans qui ne fait pas de transition en vient à se suicider. Je ne pouvais pas réfléchir avec discernement. Il y a une vraie culture de la peur et du repli paranoïaque. Ils vous disent : les autres te détestent, il n’y a qu’avec nous que tu es en sécurité. La pression est considérable », témoigne-t-elle.
Comme l’explique la jeune femme, la « communauté trans » essaie même de couper ses jeunes adeptes de leur famille, les fragilisant encore plus. Dans le monde anglophone, l’influenceur américain Jeffrey Marsh encourage ses jeunes abonnés à couper les ponts avec les personnes de leur famille qui auraient voté pour Trump. Il produit par ailleurs une série de vidéos où il dit en fixant l’objectif, l’œil brillant d’émotion : « Si tu as besoin d’une famille qui respecte qui tu es au plus profond de toi… (…) Ici, nous t’aimerons d’un amour inconditionnel » ; « si ta famille se moque de toi, maintenant c’est moi, ta famille »[2].
Comme de très nombreuses jeunes femmes qui regrettent leur transition, Mel Jeffries explique qu’elle a été victime de viol dans l’adolescence et qu’elle a cru pouvoir se protéger de la violence sexuelle en fuyant le fait d’être une femme[3]. A présent elle a accepté qui elle était et elle se consacre au rétablissement de sa santé.
[1] C’est-à-dire ni femme ni homme
[2] Cité dans Les Ravages du genre de Pauline Arrighi, édition du Cerf, 2023
[3] Voir le site post-trans.com et le documentaire Dysphoric : Fleeing Womanhood like a House on Fire de Vaishnavi Sundar (2021)
Sources : The Sydney Morning Herald, Michael Bachelard (24/05/2025) ; Daily Mail, Padraig Collins (03/09/2023)