Au Kenya, on vend des enfants pour quelques centaines d’euros

Publié le : 19 novembre 2020

« Quelque part, le fils de Rebecca a 10 ans. Il pourrait être à Nairobi, où elle vit, ou il pourrait être ailleurs. Il pourrait, elle le sait dans son cœur, être mort. » En 2011, Rebecca avait 16 ans et on lui a volé son enfant. « Même si j’ai d’autres enfants, c’était mon premier né, il a fait de moi une mère, témoigne-t-elle. J’ai cherché dans tous les centres pour enfants, à Kiambu, à Kayole, et je ne l’ai jamais trouvé ».

Une histoire tristement banale dans les rues de Nairobi, au Kenya, où les « femmes vulnérables sont des proies pour alimenter un marché noir florissant de vente de bébés ». Africa Eye, du groupe BBC, a mené l’enquête pendant un an sur ce trafic multiforme. Parfois, comme pour Rebecca, « des enfants sont enlevés à des mères sans-abri et vendus ». Mais il arrive que des mères démunies vendent leur enfant. C’est le cas d’Adama à qui Mary Auma, directrice d’une clinique clandestine, affirme que le prix du marché est de 10 000 shillings[1]. L’intermédiaire touchera près de cinq fois plus.

Les acteurs du marché sont divers. Ils vont des opportunistes, vulnérables eux aussi, qui négocient les enfants volés pour 50 000 shillings[2] si c’est une fille, 80 000 shillings[3] pour un garçon, aux « criminels organisés ». D’après l’enquête d’Africa Eye, « des réseaux de trafic d’enfants opèrent dans les murs de certains des plus grands hôpitaux publics de Nairobi » où les prix peuvent monter jusqu’à 300 000 shillings[4].

Les clients sont « des femmes stériles » mais « certains les utilisent pour faire des sacrifices ». Au Kenya, il n’existe pas de chiffres officiels sur la traite des enfants. Et « les agences chargées de retrouver les enfants disparus et de traquer le marché noir manquent de ressources et de personnel ». L’ONG Missing Child Kenya a travaillé sur environ 600 cas depuis son lancement, il y a quatre ans.

[1] Environ 80 euros.

[2] Environ 390 euros.

[3] Environ 620 euros.

[4] Environ 2320 euros.

Source : BBC, Peter Murimi, Joel Gunter et Tom Watson (16/11/2020)

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres