Assemblée nationale : auditions sur le clonage

Publié le 23 Nov, 2005

L‘Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a organisé hier des auditions pour rédiger un rapport relatif aux recherches sur les cellules souches. Le but était double : faire un bilan après un an de mise en oeuvre, alors que certains décrets ne sont toujours pas parus, et faire évoluer la loi.

 La Fondation Jérôme Lejeune a dénoncé lundi* cette mise en scène.  

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, s’indigne de la manipulation de l’opinion publique : "D’abord, il est mensonger de présenter des auditions sur les cellules souches alors qu’il ne s’agit, en réalité, que d’auditions sur le clonage. Ensuite, il est scandaleux d’organiser des auditions où toutes les personnes entendues sur le clonage sont connues pour y être favorables". Et de s’interroger sur la valeur d’une loi en France : "La loi de bioéthique de 2004 a condamné le clonage. La volonté du peuple s’est exprimée avec 5 années de retard qui ont permis une réflexion approfondie. Or cette volonté exprimée démocratiquement est déjà remise en cause par un lobby qui se permet de redéfinir la position de la France sur le sujet à peine un an après le vote de la loi, tous les décrets d’application n’ayant même pas encore été pris. C’est dire le poids de la loi dans notre pays !".

A la suite de ces auditions, il s’est avéré effectivement qu’il n’y avait eu aucun débat et que tous les participants étaient favorables au clonage.

Ces auditions avaient pour but :

Obtenir les décrets d’application d’autorisation de recherche sur les embryons humains de toute urgence.

Faire disparaître de la loi de bioéthique 2004 les quelques restrictions prévues : ne plus limiter à 5 ans  les essais sur les cellules embryonnaires, ne plus limiter les recherches aux seuls essais thérapeutiques, et ne plus subordonner l’accord pour ces essais à l’absence d’alternatives éthiques.

Obtenir au plus vite l’autorisation de faire de la recherche sur les embryons rejetés à la suite d’un DPI.

Obtenir l’autorisation de clonage dans la loi française.  

Marianne Gomez, dans le quotidien La Croix, souligne qu’il reste trois objections éthiques à cette pratique :

– Pour obtenir des cellules souches il faut passer par la création et la destruction d’un embryon. Marianne Gomez rappelle la position de Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm qui souhaite, lui, aligner la définition du début de la vie sur la définition de la mort : le fonctionnement cérébral. S’il n’y a pas de cerveau, il n’y a pas d’embryon, selon lui, mais seulement "un système cellulaire". Ce qui permet donc toutes les recherches sur l’embryon tant que le cerveau n’est pas actif.
Le clonage à visée thérapeutique n’est qu’un clonage reproductif interrompu. Comment empêcher de passer de l’un à l’autre ?
La création d’embryons clonés suppose l’utilisation d’ovocytes et pose le problème de leur obtention. Le scandale provoqué en Corée dans l’équipe du Pr.Hwang Woo-suk a relancé la polémique (Cf. notre revue de presse sur du 16 novembre et du 21 novembre 2005 ).

La Fondation Jérôme Lejeune dénonce dans ces auditions l’alliance du scientisme et du business et l’absence totale de réflexion humaniste sur un sujet aussi grave. Tous les intervenants étaient des scientifiques favorables au clonage et des représentants de société de biotechnologie…  

Dès la première intervention de Ketty Schwartz, le ton était donné : il faut autoriser le clonage. Affirmation reprise en chœur par les intervenants suivants. Puis, on décide officiellement de changer les mots : il ne faut plus parler de clonage mais de "transposition nucléaire".

Par ailleurs,  contrairement à ce que ces mêmes chercheurs n’ont pas cessé d’affirmer depuis des années pour obtenir l’autorisation de recherche sur l’embryon pour guérir les patients de tous leurs maux, on doit reconnaître que le clonage n’est pas thérapeutique. Ces chercheurs reconnaissent aujourd’hui qu’on ne trouvera pas de thérapie grâce au clonage.  Mais ils veulent quand même faire du clonage pour faire avancer leur propre connaissance et permettre aux laboratoires de tester des milliers de molécules.

Par ailleurs, Marc Peschanski a expliqué longuement que le clonage est indispensable pour les industries cosmétiques qui doivent tester leurs crèmes…  

Enfin, le  dernier argument avancé en faveur du clonage est de pouvoir cloner des embryons malades pour mieux les étudier. "C’est la première fois dans l’histoire de la médecine française que des médecins vont créer volontairement des hommes, malades sur commande et sur mesure" s’indigne la Fondation Jérôme Lejeune.

La Fondation Jérôme Lejeune met en garde les décideurs sur les risques encourus à s’inspirer de conclusions non pertinentes puisque rédigées hors de toute réflexion proprement éthique. Elle s’inquiète de l’impunité de chercheurs qui rejettent tout lien entre l’éthique et la science et qui revendiquent un pouvoir qui ne leur appartient pas : celui de dénaturer l’art médical.

*Lire le communiqué de presse de la Fondation Lejeune sur le clonage (format pdf 53 Ko)

Compte-rendu d’auditions du 22 novembre 2005 sur les cellules souches, par Alain Claeys, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, février 2006

‘- Le Quotidien du Médecin (Stéphanie Hasendahl) 05/12/05

Partager cet article

[supsystic-social-sharing id='1']

Synthèses de presse

PMA : les enfants nés d'un don veulent des informations, voire beaucoup plus
/ PMA-GPA

PMA : les enfants nés d’un don veulent des informations, voire beaucoup plus

Selon une étude, les adultes conçus avec les gamètes d’un donneur expriment « un intérêt significatif pour l’obtention d’informations relatives au ...
Transhumanisme : Synchron intègre l’intelligence artificielle dans son interface cerveau-ordinateur
/ Transhumanisme

Transhumanisme : Synchron intègre l’intelligence artificielle dans son interface cerveau-ordinateur

Un Américain handicapé a commencé à utiliser une fonction d’intelligence artificielle pour l’aider à communiquer à une vitesse « conversationnelle » ...
Le dossier médical partagé devant le Conseil constitutionnel
/ E-santé

Le dossier médical partagé devant le Conseil constitutionnel

Après sa saisine par l'ordre des médecins, le Conseil d'Etat a soumis une QPC sur les modalités d'accès au dossier ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres