Asie : 90 000 000 de femmes manquantes

Publié le 9 Mar, 2007

Le Monde consacre deux pages aux "filles sacrifiées d’Asie" (cf. Synthèse de presse du 13/12/06). Selon Isabelle Attané, démographe, sinologue et chargée de recherches à l’Institut national d’études démographiques (INED), 90 millions de femmes manqueraient à l’appel en Asie. L’Asie est devenu l’unique continent recensant plus d’hommes que de femmes. "Alors qu’en l’absence de discrimination, il naît 105 garçons pour 100 femmes (…) il naît aujourd’hui 117 garçons pour 100 filles en Chine et 111 en Inde."  En 2000, dans les Etats indiens du Pendjab et de l’Haryana, pour 100 naissances de filles, on a recensé 125 naissances de garçons. La même année, dans les provinces chinoises du Jiangxi et du Guangdong, pour 100 filles, on comptait 138 garçons.

Particulièrement marquées en Chine, en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, ces discriminations s’expliquent par les avortements sélectifs, les infanticides et le manque de soins dont sont victimes les filles. Selon Bénédicte Manier, auteur de Quand les femmes auront disparu (La découverte, 2006), ces 90 millions de femmes manquantes "sont des filles qu’on a empêché de naître, qui ont été tuées après la naissance ou qu’on a laissé mourir en bas âge".

Les avortements sélectifs ont ainsi bouleversé l’équilibre entres les sexes à la naissance. Le fait de "choisir" le sexe de son enfant se trouve encouragé par la politique chinoise de l’enfant unique, la baisse de la fécondité (la probabilité d’avoir un garçon est diminuée) et certaines traditions. En Chine, par exemple, ce sont les garçons qui "transmettent le nom et qui prennent en charge les parents lorsqu’ils vieillissent" ; en Inde, une fille doit apporter, lors de son mariage, une dot à sa belle-famille…

Pourtant, la Chine et l’Inde interdisent d’identifier le sexe de l’enfant à naître lors de l’échographie. "Mais il suffit d’un signe du médecin pour savoir qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille", ajoute Isabelle Attané. D’après elle, "plus de 500 000 fœtus féminins sont ainsi supprimés tous les ans en Chine".

"Les discriminations ne s’arrêtent pas à la naissance", poursuit le quotidien. Les écarts flagrants de taux de mortalité infantile entre les deux sexes suffisent à démontrer que "les familles n’accordent pas le même prix à la vie d’un garçon qu’à celle d’une fille". Alors qu’en Europe, en Afrique et en Amérique, le taux de mortalité infantile est plus élevé chez les garçons, pour des raisons biologiques, le Bangladesh, le Pakistan et la Chine affichent, eux, un taux de mortalité largement supérieur chez les filles.

En plus de favoriser la violence à l’encontre des femmes, le trafic d’épouses…, une telle situation démographique "invente une société qui comptera à l’avenir moins de femmes, et donc moins d’enfants… y compris de garçons".

Parallèlement, alors que la 51ème Commission de l’ONU sur le Statut de la Femme (CSW) s’achève aujourd’hui, la Mission d’Observation du Saint-Siège à New York souligne l’importance des thèmes abordés cette année par la Commission : "l’élimination de la discrimination et de la violence contre les petites filles". Mais, la délégation du Saint Siège regrette que la Commission soit restée silencieuse sur la "sélection prénatale du sexe", l”infanticide" et la "préférence pour un enfant mâle". Selon l’Institut catholique pour la famille et les droits de l’homme (C-FAM), la résolution appelant les Etats à bannir la pratique de la sélection prénatale et de l’infanticide féminin aurait été retirée sous la pression notamment de la Chine, du Canada, du Costa Rica et du Mexique.

Le Monde (Anne Chemin, Julien Bouissou, Bruno Philip) 09/03/07 – Zenit 08/03/07 – Friday Fax (Samantha Singson) 08/03/07

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