AMP vigilance : le vivant face à la froideur technique

Publié le 6 Oct, 2022

L’Agence de la biomédecine (ABM) publie son rapport annuel relatif au « dispositif de vigilance » en matière d’assistance médicale à la procréation[1]. Depuis 2016, elle répertorie deux types d’évènements : les « évènements graves et inattendus par les professionnels de l’AMP » et « certains évènements attendus » en analysant « les principales complications rapportées chez les femmes en parcours d’AMP » au sein du système national des données de santé (SNDS). Une démarche d’« amélioration du dispositif d’AMP » explique l’ABM, qui reconnaît au passage que diverses complications sont attendues.

87 543 « actes d’AMP »[2] ont été pratiqués en 2020. FIV, ICSI, TEC, les sigles se multiplient faisant presque oublier qu’il s’agit de concevoir un être humain. D’ailleurs, l’ABM tient à rappeler que « le fœtus n’est pas une personne au sens juridique ». Ainsi, bien que le décret d’AMP vigilance de 2016 ait ajouté à la liste des personnes concernées par le dispositif les « personnes […] qui en sont issues », l’interruption médicale de grossesse ne peut pas être considérée comme un « effet survenu sur une personne issue d’une AMP », y compris lorsque l’IMG est pratiquée à 38 semaines d’aménorrhée[3]. De même, « le suivi de la grossesse et ses éventuelles complications », « lorsqu’elles n’ont pas de lien avec l’AMP », n’en relèvent pas, car « il n’y a pas d’axe d’amélioration à proposer pour l’AMP ». Les futurs parents apprécieront.

Minimiser les « effets indésirables »

En 2021, seul un quart des centres d’AMP n’a pas eu à effectuer de déclaration en AMP vigilance. Au total, 450 déclarations ont été faites : 322 pour des « effets indésirables »[4], 100 pour des « incidents »[5] et 3 pour les deux combinés. L’année précédente, l’ABM recensait 302 déclarations d’« effets indésirables » pour 85 « incidents ».

Ces alertes concernent aussi le prélèvement de gamètes et les inséminations artificielles. Une pratique pour laquelle « il y a très peu d’effets indésirables déclarés », ce qui « peut de façon artefactuelle sous-estimer les taux » reconnaît l’ABM. Mais l’agence ne se prive pas pour autant de calculer l’indicateur[6]. Est-ce pour tenter de rassurer ? Elle mentionne par ailleurs que « le nombre d’effets indésirables déclarés en vigilance n’[est] pas exhaustif ».

Parmi les « effets indésirables », le syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO) est particulièrement suivi. Un syndrome en baisse au cours des dernières années en raison du « contexte sanitaire », mais également car « il semble que les centres considèrent cet évènement comme attendu et que de ce fait le déclarent moins ». Pourtant, allant de l’« inconfort » à la détresse respiratoire, en passant par la thrombose et l’insuffisance rénale, l’« effet indésirable » est-il réellement moins grave car prévisible ?

Une production comme une autre ?

Dans son rapport, l’Agence de la biomédecine rapporte différents exemples de déclarations d’incidents.

Parmi eux, « La tentative de transfert est initiée par l’interne de gynécologie qui ne réussit pas à passer le col. L’embryon est récupéré et remis en étuve. Le gynécologue sénior est appelé en vue d’une nouvelle tentative qui se solde aussi par un échec de passage du cathéter interne à travers le guide. Il est décidé de remettre l’embryon en étuve mais celui-ci n’est retrouvé nulle part, ni dans le guide, ni dans le cathéter, ni dans la boite. »

Ou encore, « un container d’azote est donné à une patiente pour le transport des deux paillettes de sperme vers le laboratoire en vue de son insémination. A l’arrivée dans l’établissement, on retrouve au fond du container, deux autres paillettes cassées, bien identifiées, contenant des embryons et appartenant à un autre couple. Après contrôle, il s’agit de paillettes qui étaient destinées à la destruction. Dans les suites de cet événement, un rappel des bonnes pratiques de transport des paillettes est fait à l’ensemble du personnel concerné ; plus particulièrement, il est rappelé de vérifier les visotubes avant toute technique, et qu’en cas de transport vers un autre centre, d’utiliser un visotube neuf pour ranger les paillettes. »

Embryons « perdus » dans les manipulations, détruits au fond d’un container d’azote, l’être humain est transformé en matériau de laboratoire. Face à ces multiples « incidents », la seule préoccupation de l’ABM semble d’améliorer le processus, laissant au passage des êtres broyés par la technique.

 

[1] AMP Vigilance

[2] Fécondations in vitro (FIV), Injections intra-cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), Transferts d’embryons congelés (TEC).

[3] Exemple d’« incident » détaillé p.45 du rapport

[4] « Un effet indésirable est une réaction nocive survenant chez les personnes concernées par l’AMP (donneur(se)s, patient(e)s et personnes qui en sont issues) liée ou susceptible d’être liée aux gamètes, tissu germinaux ou embryons ou aux activités d’AMP. Un effet indésirable grave est un effet indésirable ayant entrainé la mort ou ayant mis la vie en danger, entrainé une invalidité ou une incapacité, ou provoqué ou prolongé une hospitalisation ou tout autre état morbide. »

[5] « Un incident grave d’AMP vigilance est le fait d’un accident ou une erreur liés aux activités portant sur les gamètes, tissus germinaux ou embryons, entraînant ou susceptible d’entraîner : – Un effet indésirable grave ou inattendu chez les personnes concernées par les activités d’AMP ; – Une perte importante de gamètes, de tissus germinaux ou d’embryons ; – Un défaut de qualité ou de sécurité des gamètes, des tissus germinaux ou des embryons ; – Toute erreur d’attribution des gamètes, tissus germinaux ou embryons. Deux autres types d’événements sont aussi des incidents graves d’AMP vigilance : – La fréquence anormalement élevée de survenue d’incidents ou d’effets indésirables attendus ; – Toute information concernant le donneur ou le don, découverte de façon fortuite après le prélèvement et dont les conséquences sont susceptibles d’entrainer un risque pour la santé des personnes qui ont recours à un don dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation ou en sont issues. »

[6] C’est-à-dire le rapport entre nombre d’effets indésirables et nombre total d’actes d’AMP, inséminations comprises

Photo : iStock

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