AMP : des risques accrus de malformations

Publié le : 16 juin 2010

La presse rapporte les résultats d’une vaste étude française conduite par le Dr. Géraldine Viot, généticienne à la maternité de Port Royal de Paris, concernant les risques accrus de malformations chez les enfants conçus par assistance médicale à la procréation (AMP). Présentée le 14 juin 2010 au Congrès européen de génétique humaine, à Göteborg en Suède, cette étude a été menée à l’initiative de l’association AMP vigilance réseau Follow up, qui vise à observer le devenir des enfants conçus dans le cadre d’une AMP.

Entre 2003 et 2007, l’équipe du Dr. Géraldine Viot "a passé au crible 15 000 naissances […] dans 33 établissements hospitaliers pratiquant l’AMP". Les résultats font apparaître un taux de malformations majeures de 4,24% là où la proportion attendue se situe entre 2 et 3% dans la population en général. Les malformations dites "majeures" – c’est-à-dire telles qu’elles nécessitent une opération chirurgicale ou entraînent un handicap lourd – sont, dans la majorité des cas, cardiaques ou uro-génitales : "les anomalies cardiaques qui sont le plus souvent des communications interventriculaires, sont plus fréquentes chez les filles. Les malformations génito-urinaires, elles, concernent davantage les garçons". De plus, des malformations mineures, comme les angiomes, "seraient cinq fois plus fréquentes chez les enfants nés après AMP que dans la population générale". Des syndromes génétiques ont également été observés en nombre plus élevé.

Le Dr. Viot souligne que les résultats de l’étude sont "rassurants", en comparaison d’études précédentes qui donnaient un taux de malformations allant jusqu’à 11%, mais qui portaient sur de faibles effectifs.

L’Agence de la Biomédecine (ABM) est critique devant ces résultats. Selon le Dr. Françoise Merlet, médecin référent à l’ABM, "c’est une étude intéressante mais elle comporte des biais méthodologiques importants qui ne permettent pas de tirer de véritables conclusions". Elle estime qu’ "en l’absence d’une population contrôle, on peut décrire mais pas comparer".

L’étude n’est pas encore terminée : 45 hôpitaux y participent actuellement, soit près de la moitié des centres français, et 4000 nouveaux dossiers sont encore à analyser explique le Dr. Viot. Cette étude a déjà bénéficié du nombre de participants le plus élevé à ce jour dans le monde.  Tout en affirmant que les chiffres de cette étude doivent être accueillis prudemment, les chercheurs souhaitent pouvoir mettre en lumière "les facteurs favorisant les malformations : infertilité de la mère, traitements hormonaux, technique d’ICSI, milieu de culture, congélation des gamètes…" Le Dr. Viot indique que "l’âge des couples ayant recours à l’AMP, qui est plus élevé que la moyenne" peut aussi jouer un rôle dans l’excès de malformations.

En France aujourd’hui, les différentes méthodes d’AMP sont à l’origine de 2,5% des naissances. Plus de 200 000 enfants sont nés après avoir été conçus par AMP.

Le Figaro (Sandrine Cabut) 15/06/10 - Libération (Eric Favereau) 15/06/10 - La Croix (Pierre Bienvault) 15/06/10 - Mondeactu 14/06/10

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