Alain Cocq : plus forte la vie

Publié le : 19 octobre 2020

Deuxième tentative, deuxième échec. N’en déplaisent à ceux qui lui murmurent à l’oreille que sa vie, dans ces conditions, est insupportable, si Alain Cocq a intégré leur discours, s’il pérore brutalement sur l’euthanasie pour les malades même pas en fin de vie, la vie lui est rivée au corps. Même malade, même soumis à d’insupportables traitements, même en souffrance, la vie reste la vie, chevillée à soi, innervant chaque instant et la quitter n’est pas une tâche aisée (cf. Revendiquer la mort ?). Alain Cocq s’époumone mais ressemble à ces échoués qui invoquent la mort pour mieux saisir la main qui se tend pour les sauver, parce qu’ils ont surtout besoin d’attention, de présence, d’amitié. Autant de signes qui attestent la vraie dignité d’être. Celle qu’ils estiment avoir perdu. Il a beau clamer son désir de mourir, au pied du mur, le tutoiement de la mort confine à l’absurde et le renvoie à la vie. Ce que montre cette macabre mise en scène, c’est à la fois la puissance de vie qui habite chaque homme, quel que soit son état de santé et l’ambivalence terrible contenue dans cette demande. La première des sagesses serait d’essayer de décrypter ce qu’elle cache vraiment, pour répondre d’une façon moins radicale, moins définitive, aux besoins d’un patient constamment en butte avec la maladie, une maladie orpheline invalidante et douloureuse.

Il est clair que si la loi pouvait s’appliquer à son cas, l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation accompagné d’une bonne sédation, lui permettrait une mort lente, pas forcément moins douloureuse, mais qui, au moins, lui épargnerait de faire marche arrière. Ses supporters seraient assurés de le voir mourir et appuyer du sacrifice de sa vie leurs ultimes demandes auprès du Parlement (cf. A propos de l’euthanasie de la championne paralympique Marieke Vervoort…). Seulement, dans le fond, Alain Cocq ne semble pas vouloir mourir.

Il parle désormais de « se rendre en Suisse où le suicide assisté est autorisé »[1]. Faire appel à un autre pour mettre fin à son mauvais sort, pour se faciliter la tâche, n’est-ce pas faire peser sur d’autres épaules, le poids d’un acte qu’on s’interdit à soi-même ? N’est-ce pas enfouir la vraie détresse qu’on porte en soi sous une chape de plomb ? Et si l’euthanasie était la très mauvaise réponse à une question mal posée qui nécessiterait « juste » de notre part un sursaut d’humanité ?

[1] AFP (16/10/2020)

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