Aînés et Covid : l’isolement est cause de décès

Publié le : 28 octobre 2020

Les efforts déployés pour protéger les résidents âgés, fragiles et handicapés contre le coronavirus ont créé une autre crise sanitaire ; le confinement censé les protéger menace leur vie car il « les prive de tous les bons jours qu’il leur reste à vivre et accélère le processus de vieillissement », a déclaré Joshua Uy, professeur associé à l’école de médecine Perelman de l’université de Pennsylvanie. Il constate « une augmentation des chutes, une diminution de la force et de la capacité à déambuler. Vous voyez une accélération de la démence, parce qu’il n’y a pas de rythme de journée. Il n’y a pas un seule recoin de la vie qui ne soit pas affecté ». « Le confinement, l’isolement social et le manque de stimulation externe alimentent le déclin cognitif et la dépression, qui à leur tour augmentent le risque d’hypertension, de maladie cardiaque et d’accident vasculaire cérébral », explique à son tour le Dr Louise Aronson, gériatre et professeur de médecine à l’Université de Californie, à San Francisco.

Confinés dans leur chambre, certains patients ont rapidement perdu la capacité d’effectuer des gestes simples : se tenir debout, se nourrir et avaler en toute sécurité. « Ils abandonnent », a expliqué le Dr Joseph Ouslander, professeur à la Faculté de médecine Charles Schmidt de l’Université de Floride Atlantique. « Vous faites tout pour les solliciter, pour qu’ils mangent, et malgré cela, ils continuent à baisser ». Parfois, les portes de leurs chambres sont ouvertes, et vous voyez simplement une personne assise sur une chaise avec des larmes qui coulent sur son visage.

Une étude récente sur une maison de soins infirmiers de la région de Chicago a révélé que de décembre 2019 à fin avril 2020, les deux tiers des résidents avaient perdu du poids, parfois de façon spectaculaire.

Cette crise sanitaire plus lente à l’intérieur des établissements reste largement invisible. L’isolement social et le confinement avec la réduction des interactions sociales, l’arrêt des visites familiales et les changements d’horaires liés à la pandémie, sont causes de décès.

Certains États et établissements n’autorisent que des visites limitées à l’intérieur, et le temps plus froid restreint déjà les visites à l’extérieur. De nombreuses maisons de retraite ont repris les repas communs et les activités de groupe, mais exigent toujours que les résidents restent éloignés les uns des autres : un seul cas de virus peut obliger un établissement à fermer pendant des semaines. À bien des égards, les effets secondaires sont pires que les dommages potentiels d’un risque d’infection légèrement plus élevé.

En juillet, alors qu’elle aidait à déménager les affaires de sa mère dans la maison de retraite, une femme a trouvé une lettre que celle-ci lui avait écrite pendant la pandémie, mais qu’elle ne lui avait pas envoyée : « Je veux rentrer à la maison pour de bon. Je ne sais pas comment sortir d’ici », a écrit sa mère. « Je ferais n’importe quoi pour m’enfuir. On m’a dit aujourd’hui que c’était pour toujours. Tu sais comment je peux m’enfuir ? ».

New York a été le premier État à interdire les visites des maisons de retraite à la mi-mars, et d’autres États ont rapidement suivi le mouvement. Le virus a encore fait des ravages parmi les résidents, dont beaucoup étaient très vulnérables en raison de leur âge avancé et de leur état de santé sous-jacent. Au moins 6 600 résidents de maisons de retraite de New York sont morts du Covid-19, sans compter ceux qui sont morts après avoir été emmenés à l’hôpital.

Source : Nbc news, Suzy Khimm (27/10/2020)

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