Aide médicale à mourir au Canada, des médecins veulent freiner le processus

Publié le : 20 novembre 2020

Plusieurs médecins canadiens ont exprimé publiquement hier « qu’ils craignaient que les modifications proposées à la loi sur l’aide médicale à mourir au Canada ne soient pas suffisamment examinées ». Ils estiment, soutenus par les députés conservateurs, que les libéraux ont « discrètement imposé arbitrairement une limite au dépôt des demandes pour témoigner devant le comité qui étudie le projet de loi aux Communes », ce qui aurait « conduit au rejet de plusieurs soumissions de médecins ». Ces médecins s’estiment « muselés » par les députés libéraux, et « veulent intervenir ».

Le nouveau projet de loi supprime le critère de « mort naturelle raisonnablement prévisible », invalidé par la Cour supérieure. Pour les patients jugés « proches de la mort », le gouvernement propose de supprimer les dix jours de latence entre l’autorisation et l’administration de la dose létale. Le nombre de témoins nécessaires passerait de deux à un. La capacité du patient à réitérer son consentement immédiatement avant de recevoir l’aide médicale à mourir ne serait plus exigée.

Lors de leur conférence de presse hier, les médecins ont soutenu que ces trois assouplissements provoqueraient un grand nombre de décès le jour-même de la demande des personnes, « alors que ce n’est peut-être pas ce qu’elles souhaitaient vraiment ». En effet, « d’après mon expérience clinique, explique le docteur Stephanie Kafie, de nombreuses demandes d’aide médicale à mourir étaient en fait une demande de soins palliatifs de bonne qualité, et lorsqu’on lui prodiguait ces soins, le patient changeait d’idée ». 

Les députés conservateurs, quant à eux, regrettent que le gouvernement n’ait pas fait appel à la Cour Suprême au lieu d’accélérer l’adoption de la loi pour respecter le délai imposé par le tribunal. Ce délai, déjà prolongé deux fois, est actuellement fixé au 18 décembre. Le député Michael Cooper a annoncé hier que plusieurs amendements seraient présentés. Parmi eux, un amendement propose notamment de « prolonger la période d’attente pour ceux dont le décès n’est pas prévisible, au-delà des 90 jours prévus, au motif que le recours à des soins palliatifs peut parfois prendre plus de temps ». Les députés conservateurs vont soutenir également le rétablissement du deuxième témoin. Enfin un amendement proposera de protéger les professionnels de santé qui refuseront de participer à une aide médicale à mourir pour raisons personnelles ou religieuses, ou refuseront de transférer les patients à un collègue.

Sources : La Presse (19/11/2020), L’actualité (19/11/2020)

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