A Madrid, les Collèges des Médecins, Dentistes et Pharmaciens opposés à la loi euthanasie

Publié le : 15 janvier 2021

En Espagne le projet de loi dépénalisant l’euthanasie est en attente d’approbation par le Sénat (cf. Espagne : l’Assemblée adopte le projet de loi euthanasie). Dans un communiqué commun, les Collèges des Médecins, des Dentistes et des Pharmaciens de Madrid affichent leur désaccord avec le texte. Ils estiment que le projet de loi est « un risque sérieux pour la population » et qu’il met le personnel médical en position de haute vulnérabilité.

La loi reconnaît bien un droit à l’objection de conscience pour les médecins, explique Manuel Martínez-Sellés, président du Collège des Médecins de Madrid. Mais en réalité, ils « craignent les conséquences » et ils ont « peur des représailles » car « de nombreux professionnels ont des contrats de six mois ». Avec cette loi et cette précarité, poursuit le médecin, ils seront « contraints de tuer » leurs patients, ce qui va « totalement à l’encontre » de leur code de déontologie (cf. Euthanasie et suicide assisté : l’Espagne en passe de légifèrer). Il propose un processus inverse, où ce seraient plutôt les médecins prêts à pratiquer des euthanasies qui s’inscriraient sur une liste. Manuel Martínez-Sellés critique également la classification prévue en tant que « mort naturelle » des euthanasies, « ce qui est une tromperie ».

Par ailleurs, le président témoigne de ce que la plupart des médecins « ne reçoivent pas de demandes d’euthanasie, mais de meilleurs soins palliatifs ». Quand la société se mobilise pour la prévention du suicide, « l’idée est que si une alternative est proposée à la personne concernée, elle changera d’avis ». Lorsque le patient est pris en charge par une équipe de professionnels experts, la demande d’euthanasie est « minime ou nulle », indique le communiqué. « Il y a une loi sur les soins palliatifs dans un tiroir du Congrès depuis des années », critique Sellés pour qui ce serait la meilleure alternative. Il y a « absence de demande sociale » de l’euthanasie, confirment les écoles de santé.

Le communiqué souligne également que « la loi est très prématurée, compte tenu de la situation pandémique et du grand nombre d’acteurs de santé qui ont été touchés par le coronavirus ». Les médecins, focalisés sur la santé des patients, n’ont pas pu participer aux réunions de travail ni organiser des manifestations à propos de cette loi. Et certains experts n’ont pas pu s’exprimer au Congrès.

Le communiqué termine en demandant le retrait de la loi euthanasie et l’approbation d’une loi sur les soins palliatifs. « Dans le cas où un tel retrait n’aurait pas lieu, nous nous réservons le droit de demander à la Communauté de Madrid, responsable en dernier ressort de la santé dans notre région, la non-application d’une loi injuste qui va à l’encontre de l’éthique et de la déontologie », conclut le texte.

Source : El País, Emilio de Benito (14/01/2021) – Photo : iStock

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres