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Tribune du Pr Ian Wilmut
(Mai 2009)
Interview par

Les recherches sur l’embryon et le clonage sont-elles encore nécessaires après
la découverte des cellules iPS ?
Président du Conseil de recherche médicale en biologie reproductive du
Centre de médecine régénérative à l’université d’Edimbourg (Ecosse), Ian Wilmut
est le premier à avoir cloné avec succès un mammifère - la brebis Dolly.
1 / Après la découverte des professeurs Yamanaka et Thomson en novembre 20071,
vous avez déclaré à la BBC que vous abandonniez le clonage et que, d’ici
5 ans, cette découverte "pourrait procurer une meilleure alternative,
éthiquement plus acceptable que le clonage d’embryons humains pour la recherche
médicale"2. Deux ans après ce tournant dans la recherche,
quels sont les avantages des cellules iPS par rapport aux attentes et objectifs
que vous aviez en clonant Dolly ?
Avant la découverte des cellules iPS, nous essayions de dériver des cellules
souches d’embryons produits par le transfert d’un noyau cellulaire du patient
souffrant d’une maladie héréditaire. A ce stade, personne n’a réussi. Mais
maintenant, la dé-différentiation de cellules somatiques murines (méthode du Pr.
Yamanaka) a démontré que le même objectif pouvait être atteint en utilisant
directement les cellules somatiques des malades.
Il y a un avantage thérapeutique majeur avec les cellules iPS : elles sont
génétiquement identiques au patient, permettent de modéliser des pathologies et
de rechercher rapidement des médicaments pour traiter en amont les symptômes de
la maladie. Il existe déjà une centaine de ces lignées cellulaires sur
lesquelles on peut travailler sans attendre pour nous aider à comprendre les
maladies d’ici 5 ans.
La technique du clonage n’est donc plus une technique d’actualité. Comme je l’ai
expérimenté avec la brebis Dolly, cloner demande un temps considérable pour
obtenir des cellules souches. De plus, cette technique implique forcément
l’hyperstimulation ovarienne chez la femme : celle-ci doit subir un traitement
hormonal intensif et pénible pour produire un grand nombre d’ovocytes et pour
finalement n’obtenir que quelques embryons clonés.
Si la science offre des pistes plus rapides, intéressantes et efficaces, je suis
d’avis de les suivre.
2 / Quels sont les espoirs thérapeutiques et scientifiques des cellules iPS ?
Quels défis reste-t-il à relever ?
Les chercheurs qui travaillent sur les cellules iPS tentent d’améliorer la
qualité de ces cellules. La disponibilité et la performance de ces cellules est
indiscutable, mais le défi est de réussir techniquement à les reprogrammer sans
dommages collatéraux. Il faudra peu de temps pour dépasser ces obstacles : des
publications scientifiques récentes ont montré que l’on réussit déjà à
reprogrammer des cellules différenciées sans utiliser ni vecteur viral, ni
plasmide.
Pour une raison économique, je pense qu’il n’est pas encore possible d’envisager
de créer des réserves de cellules iPS de chaque patient dans lesquelles puiser
pour rechercher des traitements à leurs maladies. Ce qui serait plus réalisable,
de mon point de vue, ce serait de dresser une sorte de registre ou de biobanque
où seraient recensées les lignées de cellules correspondant à divers types de
maladies à caractère immunologique. Il serait ainsi possible de modifier et
travailler sur ces lignées cellulaires en fonction du besoin de chaque patient.
3 / En France, il a été dit que les cellules iPS n’auraient pu être obtenues
sans les recherches effectuées sur l’embryon humain. Cependant, la publication
sur les cellules iPS humaines qui a rendu célèbre le Pr Yamanaka en 2007 était
précédée de résultats avec des cellules de souris3.
Est-ce que les cellules iPS auraient pu être découvertes grâce aux recherches
avec ces cellules animales uniquement, sans avoir recours aux cellules
embryonnaires humaines ?
La dé-différentiation de cellules somatiques n’a pas requis l’utilisation
d’embryon humain car, au niveau technique, cela n’était pas nécessaire. Les
premières cellules iPS ont été produites et identifiées à partir d’études sur
des embryons de souris.
Les gens ne réalisent pas encore qu’étudier des maladies héréditaires sur les
cellules obtenues par reprogrammation cellulaire est bien plus simple et plus
rapide que d’obtenir des cellules embryonnaires humaines par clonage. La
technique d’obtention des cellules iPS est la plus efficace actuellement pour
les chercheurs et en particulier bien sûr, pour des recherches sur les
pathologies héréditaires.
Il existe aussi des recherches sur les cellules embryonnaires humaines pour
tenter de mieux comprendre comment elles prolifèrent et comment les cultiver car
les cellules iPS ont la caractéristique d’avoir des propriétés semblables aux
lignées embryonnaires humaines.
4 / La recherche sur les iPS aux Etats-Unis et en Asie se développe de plus
en plus. Qu’en est-il en Europe ? Cette recherche reçoit-elle un soutien
significatif ?
La recherche sur les iPS est soutenue dans plusieurs pays européens : des
agences britanniques, comme, par exemple, la Biotechnology and Biological
Sciences Research Council (BBSRC), financent des programmes de recherche à
l’université d’Edimbourg où je travaille actuellement. En France aussi des
projets intéressants sont menés sur les iPS.
5 / Y a-t-il plus d’intérêt scientifique à utiliser des cellules iPS que des
cellules souches embryonnaires humaines pour la recherche de médicaments, la
modélisation et le criblage pharmacologique de molécules ?
Oui. Les cellules iPS sont plus utiles que les cellules embryonnaires dans ces
recherches car, si vous prenez les cellules reprogrammées d’un patient atteint
d’une maladie héréditaire que vous souhaitez étudier, l’avantage est que ces
cellules portent déjà les caractéristiques d’une personne atteinte. Vous n’avez
pas besoin d’y introduire une erreur génétique. Il y a plusieurs maladies
héréditaires pour lesquelles on ne connaît pas encore la cause moléculaire de la
maladie.
1 -
En novembre 2007, les professeur S. Yamanaka et J. Thomson ont
réussi, chez l’homme, à obtenir des cellules souches pluripotentes à partir de
cellules déjà différenciées (cellules de peau)
2 -
BBC, 17 novembre 2007
3 - S. Yamanaka, K. Takahashi and al., Induction of pluripotent stem cells
from mouse embryonic and adult fibroblast cultures by defined factors,
Cell, 2006, 126 : 663-676
Pour en savoir plus, voir l'article: Les cellules IPS rendent-elles obsolète l’usage des cellules embryonnaires et du clonage, dans la poursuite d’une thérapeutique ?