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La Synthèse de presse bioéthique du lundi 26 avril 2010
Nanotechnologies : un débat trop tardif ?
Jean-Yves
Nau revient sur les problématiques posées par les nanotechnologies qui suscitent
de nombreuses réactions, comme en témoignent les récents débats houleux qui ont
obligé la Commission nationale de débat public (CNDP) à annuler certaines
réunions sur le sujet (Cf.
Synthèse de presse du 23/02/10). Croisant
plusieurs disciplines, telles que la mécanique, l'électronique, la chimie, la
biologie, l'optique, etc., les nanotechnologies et leur maîtrise de l'infiniment
petit sont au centre d'une polémique : plus d'un millier de produits
commercialisés contiennent des nanomatériaux (pneumatiques, produits
cosmétiques, raquettes de tennis, etc), souvent à l'insu des
consommateurs. Serait-il "trop tard pour en parler ?" Les responsables
politiques français ne le pensent pas et souhaiteraient voir les citoyens
s'emparer de la question et débattre.
Pour des organismes de recherche publics, les nanotechnologies pourraient "contribuer
au développement d'une société économe en ressources naturelles et en énergie,
porteuse d'une forte exigence de préservation de la santé et de l'environnement".
Entre autres attentes concernant la santé, elles pourraient, selon l'Inserm,
permettre de développer des traitements médicamenteux contre les cancers qui
seraient amenés au plus près des tumeurs cancéreuses. Les nanotechnologies font
espérer le traitement d'affections neurologiques grâce à "la miniaturisation
d'électrodes directement implantées au sein du système nerveux central". Des
progrès importants sont attendus tant en terme de qualité du diagnostic
personnalisé qu'en terme de puissance thérapeutique. La CNDP explique également
que dans l'actuel contexte de crise économique, le secteur des nanotechnologies
constituerait pour les entreprises françaises et européennes une chance de
sauvegarder leur compétitivité, alors qu'on prévoit un marché de 1000 milliards
de dollars en 2015. La France étant au 5eme rang mondial de la recherche sur les
nanotechnologies, certains souhaitent voir cette recherche se développer
davantage. Créé ces dernières années, le campus Minatec à Grenoble spécialisé
dans la recherche "en micro et nanotechnologies", a lancé l'an dernier le plan "Nano-INNOV"
qui a l'objectif de "donner à l'industrie française les moyens de réussir le
virage des nanotechnologies".
Toutefois, la CNDP reconnaît les possibles risques sanitaires et
environnementaux, ou les dangers pour les libertés individuelles, en soulignant
que "le caractère invisible des nano-objets ne fait que renforcer l'angoisse
et la défiance". Un certain nombre d'associations de protection de
l'environnement, de consommateurs, et de scientifiques sont également critiques
et insistent "sur la nécessité de procéder à une véritable analyse
bénéfices/risques". Mais beaucoup sont convaincus qu'il est trop tard et que
rien n'arrêtera la machine industrielle lancée. Enfin, pour ce qui concerne ces
recherches dans les secteurs de la biologie et de la médecine, c'est le "passage
de la correction du pathologique à l'amélioration du normal" qui interroge,
avec l'idée inquiétante de "transhumanisme" ou de dépassement de
l'humain. Point sur lequel il est encore temps de s'interroger.
Revue médicale suisse (Jean-Yves Nau) 26/04/10
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