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Pierre-Olivier
Arduin, responsable de la Commission bioéthique du diocèse de
Fréjus-Toulon, revient sur l'Instruction Dignitas personae (cf.
Synthèse de presse du 12/12/08) et analyse pourquoi l'Eglise dit non
à l'Assistance médicale à la procréation (AMP). Dans cette deuxième
partie, il s’attache au "scandale des embryons congelés" (cf.
1ère partie dans la
Synthèse de presse du 16/01/09).
L’assistance médicale à la
procréation (AMP) va de facto de paire avec la mise en place d’un
système de cryoconservation des embryons dits "surnuméraires" : "pour
ne pas répéter les prélèvements d’ovocytes chez la femme, on opère un
prélèvement unique de nombreux ovocytes que l’on féconde in vitro,
et l’on conserve congelés une partie importante des embryons ainsi
obtenus, en prévision d’un deuxième cycle de traitement, en cas d’échec
du premier essai, ou pour les cas où les parents désireraient une autre
grossesse".
Au 31 décembre 2006, la France
recensait ainsi 176 523 embryons congelés, soit 34 512 de plus qu’en
2005, ce qui représente une augmentation de 25% en une année. De tels
chiffres devraient nous conduire à nous demander pour quelles raisons la
France ne s’aligne pas sur des Etats comme l’Italie, l’Allemagne ou
l’Autriche qui interdisent sur leurs territoires la cryoconservation
embryonnaire.
Et ce, d’autant que l’on connaît
la souffrance des parents "face au difficile problème du sort des
embryons en trop" (cf.
Synthèse de presse du 08/12/06). Passé le délai de cinq années de
cryoconservation, les parents doivent choisir entre réactiver un désir
d’enfant, céder leurs embryons à un couple adoptif ou à la science ou
encore les détruire.
Dignitas personae dénonce
ainsi un système injuste et tente de trouver une issue au sort de ces
embryons congelés. Mais, "parce qu’il n’y a pas de remède",
l’Instruction appelle à ce que cesse toute production d’embryons
humains. Surtout quand on sait combien la cryoconservation expose les
embryons "à de graves dangers de mort ou à des altérations de leur
intégrité physique, ainsi que le montre le pourcentage élevé qui ne
survit pas à la technique de congélation et de décongélation". En
plus de les priver de l’accueil maternel, cette situation les expose
donc à de graves manipulations.
Ainsi l’AMP est-elle devenue le
premier fournisseur de matière première embryonnaire pour les
chercheurs… Soulignons que seuls 52,8% des embryons actuellement
congelés font encore l’objet d’un projet parental.
L’auteur dénonce ensuite le "coût
exorbitant pour la société" qu’engendre l’AMP. En 2006, l’AMP a dû
coûter à l’Assurance maladie un total d’environ 245 millions d’euros -
on estime à 40 euros par an les frais de garde d’un embryon congelé, à
1 000 euros le coût d’un cycle d’insémination artificielle, à 3 000
euros celui d’une FIV, à 3 500 euros celui d’une ICSI et à 1 100 euros
celui d’un transfert embryonnaire - ce qui, rapporté aux 20 000 enfants
nés d’une fécondation artificielle, fait que chaque naissance coûte
environ 12 000 euros.
Par ailleurs, Pierre-Olivier
Arduin rappelle que l’AMP ne soigne pas la stérilité mais la contourne.
"Nous sommes plutôt dans le champ de l’ingénierie biotechnique si
bien qu’au lieu de l’assistance médicale à la procréation – ce n’est ni
un acte de procréation, ni un acte médical – on devrait parler de
production d’embryons. Il s’agit seulement d’un acte technique qui
requiert du matériel bio cellulaire (les gamètes) et du matériel
idéologique (le projet parental)."
C’est pour toutes ces raisons que
l’Eglise rejette l’AMP et encourage la médecine à chercher à vaincre la
stérilité. Ainsi prête-t-Elle une attention particulière à la prévention
de la stérilité : "une partie non négligeable des cas d’infécondité
qui se présentent aujourd’hui au médecin, chez la femme comme chez
l’homme, pourraient être évités, si la vertu de chasteté était vécue
plus fidèlement, si les sujets adoptaient un style de vie plus sain, et
si les facteurs de risque aux niveaux professionnel, alimentaire,
pharmacologique et écologique étaient éliminés". Outre les polluants
chimiques, le tabac et l’alcool, est visé le recul de l’âge moyen de la
maternité qui, en France, est passé de 24 ans en 1970 à 29,6 ans en
2005.
Mais, "parce qu’il existera
toujours des infertilités sans remèdes, l’Eglise ne craint pas de
proposer aux "couples stériles" de se lancer dans l’adoption",
appelant les responsables politiques à encourager et faciliter cette
démarche. |