Pierre-Olivier
Arduin, responsable de la Commission bioéthique du diocèse de
Fréjus-Toulon, revient sur l'Instruction Dignitas personae (cf.
Synthèse de presse du 12/12/08) et analyse pourquoi l'Eglise dit non
à l'Assistance médicale à la procréation (AMP), y compris entre époux.
L'Eglise réaffirme en effet le lien indissoluble entre le don de la vie
et la dignité de l'amour humain ; l'Instruction rappelle "la
reconnaissance inconditionnelle de la dignité de la personne à tout être
humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle" et "la
dignité inviolable du mariage et de la famille qui constituent le
contexte authentique où la vie humaine trouve son origine".
L'Instruction ajoute que "les
nouvelles technologies doivent respecter trois valeurs fondamentales :
a/ le droit à la vie et à l'intégrité physique de tout être humain
depuis la conception jusqu'à la mort naturelle ; b/ l'unité du mariage
qui implique le respect mutuel du droit des conjoints à devenir père et
mère seulement l'un à travers l'autre ; c/ les valeurs spécifiquement
humaines de la sexualité qui exigent que la procréation d'une personne
humaine doit être poursuivie comme le fruit d'un acte conjugal
spécifique de l'amour des époux".
Or, l'AMP manipule l'acte
conjugal, réduisant celui-ci à sa dimension purement biologique en lui
ôtant la communion interpersonnelle conjugale et son expression
corporelle. Une récente étude de l'INED* sur le vécu
existentiel des couples qui ont recours à l'AMP (cf.
Lettre mensuelle n°104) "confirme indirectement l'analyse éthique
du Magistère". D'après les auteurs, "l'équipe biomédicale semble
en effet régir et exercer une emprise de plus en plus forte sur l'homme
et la femme en s'immisçant dans leur intimité conjugale". L'étude
démontre ainsi le malaise des hommes face à la masturbation nécessaire
au recueil du sperme et celui des femmes qui "vivent très mal cette
mainmise sur leur féminité évoquant une dépersonnalisation de leur corps
manipulé comme un objet par les médecins et qui n'est plus considéré que
sous l'angle d'une machine à produire des ovocytes".
Les dégâts
psychologiques engendrés par l'AMP sont tels que plus de 40% des couples
abandonnent ce processus après une ou deux tentatives fructueuses. Et,
que dire du taux d'insuccès de l'AMP qui se situe entre 80 et 85%,
d'autant plus difficile à vivre que l'image d'une médecine
toute-puissante est largement relayée et entretenue.
En plus de "pervertir
la signification anthropologique de la sexualité et de la procréation
humaines", l'AMP "entame aussi irrémédiablement le respect de la
dignité de l'être humain". L'AMP se constitue de manière intrinsèque
d'un rapport de domination entre le ou les sujets producteurs et l'objet
produit : de don, l'enfant devient un dû. De plus, selon l'Instruction,
plus de 80% des embryons produits sont sacrifiés : le rendement
reproductif justifiant "le traitement purement instrumental des
embryons". Ensuite, sans même évoquer le tri sélectif des embryons
via le diagnostic préimplantatoire (DPI), on sait que l'AMP est "une
pratique eugéniste", les embryons issus d'une fécondation
artificielle classique étant classés afin de ne garder que les plus
"vigoureux"...
Enfin, comment ne
pas évoquer la possibilité proposée, parfois à l'avance, aux parents
d'abandonner à la recherche leurs embryons qui ne seront pas réimplantés
? "Quelle différence y a-t-il alors avec l'intention de créer des
embryons in vitro à des fins de recherche strictement prohibée par le
droit français ?"
*De
la pilule au bébé-éprouvette – Sous la direction d’E. de La
Rochebrochard - Les cahiers de l'Ined N°161, 2008, 264 p., 25 € |