Docteur
en philosophie et chercheuse associée au CNRS-EHESS, Danielle Moyse
revient, dans La Croix, sur le rapport d'évaluation de la loi de
2005 "relative aux droits des malades et à la fin de vie" remis au
gouvernement par le député Jean Leonetti début décembre 2008 (cf.
Synthèse de presse du 01/12/08).
Elle regrette que l'on n'ait
pas suffisamment insisté sur le fait que la législation en vigueur - qui
maintient l'interdit de tuer - "est suffisamment souple pour
nécessiter un solide sens de la responsabilité médicale, destiné à
prévenir ses possibles dérives". Rappelons que la loi de 2005
affirme d'une part que "les actes médicaux ne doivent pas être
poursuivis par une obstination déraisonnable" et, d'autre part,
qu'il est possible de recourir à des antalgiques qui "peuvent avoir
pour effet secondaire d'abréger la vie".
D'aucuns ont en effet insisté -
largement relayés par les médias - sur le fait qu'il demeure des cas
auxquels la loi, selon eux, n'apporte pas de réponse. Mais "est-ce à
dire que la règle générale devrait être apte à prendre en compte toutes
les situations particulières ?", s'interroge Danielle Moyse, pour
qui cet "espoir" témoigne "d'une méconnaissance de ce que peut
être une loi, notamment lorsqu'elle doit statuer sur des questions aussi
délicates". "Que le juge ne porte pas le même jugement quand
l'interdit de tuer est enfreint pour assassiner purement et simplement
(par intérêt, par exemple) ou pour faire cesser des souffrances
intolérables est une chose, que l'on mette un terme à l'interdit,
jusque-là absolu, de tuer, au motif que tous les actes d'abrégement de
la vie d'autrui n'appellent pas le même verdict de la part des juges, en
est une autre."
Pour Danielle Moyse, la
perspective d'une législation qui établirait la liste des maladies ou
handicaps justifiant l'euthanasie - "ce qui serait honteusement
agressif pour ceux qui en sont atteints mais ne désirent pas mourir"
- est "singulièrement inquiétante". Cette dernière
n'escamoterait-elle pas par ailleurs l'acte d'intelligence destiné à
juger d'un acte médical ayant finalement entraîné la mort ? |