A
la veille de la révision de la loi de bioéthique, Le Quotidien du
Médecin revient sur ce qui en sera l'un des enjeux majeurs : la
libéralisation de la recherche sur l'embryon. Reprenant la proposition
de l'Agence de la biomédecine de ne pas exclure l'embryon de la
recherche pour lui-même et de la recherche clinique, le quotidien
insiste sur le fait que la recherche sur l'embryon ne se limite pas aux
seuls travaux sur les cellules souches embryonnaires (CSE), mais ouvre
aussi la voie à l'amélioration des techniques d'assistance médicale à la
procréation (AMP).
Rappelons dans un premier temps
que la loi de 2004 a interdit, par principe, toute recherche sur
l’embryon humain. Toutefois, celle-ci est autorisée, par dérogation et
pour cinq ans, sur les embryons dits "surnuméraires" - c’est-à-dire ceux
créés in vitro dans le cadre d’une AMP qui ne font plus l’objet
d’un projet parental ou ceux porteurs d'une anomalie détectée après un
diagnostic préimplantatoire (DPI). Le législateur a assorti cette
entorse à la règle de l’interdit de deux conditions majeures : que ces
recherches soient "susceptibles de permettre des progrès
thérapeutiques majeurs" et qu’elles ne puissent pas "être
poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable".
Par ailleurs, les embryons qui font l'objet de recherches ne peuvent pas
être réimplantés.
Le quotidien souligne que,
contrairement à la recherche sur les CSE, "la recherche concernant
l'embryon lui-même n'a pas fait l'objet du même engouement médiatique".
Selon l'Agence de la biomédecine, chargée de délivrer les autorisations
de recherches sur l'embryon, seuls trois projets sur 43 actuellement en
cours portent sur l'embryon lui-même. Pour l'Agence, cela s'explique par
"l'impossibilité de faire le lien entre la capacité de l'embryon de
se développer in vitro et celui de s'implanter in vivo". Et
pourtant, d'après Le Quotidien du Médecin, intégrer l'embryon
dans le champ médical et scientifique, au même titre que tout autre
individu, permettrait notamment de répondre à la demande des couples, de
plus en plus nombreux, qui recourent à l'AMP, et ce, en améliorant
l'efficacité des techniques d'AMP.
Président de la Fédération des
biologistes des laboratoires d'études de la fécondation et de la
conservation de l'œuf (BLEFCO), le Dr Patrice Clément explique
l'inefficacité de ces techniques : "si vous reprenez le déroulement
des FIV, sur 100 ovocytes prélevés, à peu près 60% sont fécondés. On
perd déjà 40% d'ovocytes, pourtant matures sur un plan nucléaire. Sur
les 60 embryons obtenus, on en a environ 20 à 30 qui sont de bonne
qualité. Ce résultat, on peut sûrement l'imputer en partie aux gamètes
que l'on utilise pour former ces embryons, aux milieux de culture, aux
techniques de FIV, aux problématiques de température... Et sur ces 30
embryons formés, entre 10 et 15 vont s'implanter". "Si nous
voulons améliorer nos résultats en FIV, il est nécessaire d'étudier
toutes ces étapes", conclut-il, d'où la justification de la
recherche sur l'embryon.
Membre du Conseil d'orientation
de l'Agence de la biomédecine et chef du service de biologie de la
reproduction au CHU de Tours, le Pr Dominique Royère justifie à son tour
cette recherche : "si on peut arriver à définir des conditions qui
puissent rendre possible de prédire - faisons une hypothèse - à 80% les
chances d'implantation d'un embryon, les conséquences sont très
importantes car elles conduiront à obtenir de meilleurs résultats que
les 20% de grossesses obtenues aujourd'hui. Cela engendrera forcément
des économies en ce qui concerne le nombre de tentatives et le coût
global que représente l'arrivée d'un enfant. Par ailleurs, il nous sera
plus facile de convaincre les couples de ne transférer qu'un embryon,
avec pour conséquence la réduction des grossesses multiples à risque et
des séjours en néonatalogie pour les prématurés".
Ainsi, pour l'Agence de la
biomédecine, la révision de la loi de bioéthique pourrait être
l'occasion de "s'interroger sur l'interdiction de réimplanter tous
les embryons soumis à une quelconque recherche". On apprend
d'ailleurs qu'un dispositif transitoire, en attendant la nouvelle loi,
serait en cours d'élaboration avec l'Agence française des produits de
santé (AFSSAPS)... |