Reconstituer la bioéthique pour sauver la
démocratie ?
A l'occasion
de la prochaine révision des lois de bioéthique et soixante ans après
l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, Emmanuel Hirsch, directeur du département de recherche en éthique à l'université
Paris-Sud XI, rappelle que les professionnels de santé doivent appliquer
dans leur mission auprès des personnes vulnérables et menacées dans leur
dignité, le respect des valeurs qui fondent la démocratie.
Ceux qui œuvrent au quotidien dans le soin et la recherche
"comprennent le processus engagé après la Shoah comme relevant d'une
responsabilité qui les concerne de manière spécifique" et de ce fait la
"prise en compte des réflexions développées depuis le code de Nuremberg
(1947) s'avère d'autant plus indispensable" que ces professionnels se
trouvent confrontés à "des actes qui pourraient mettre en danger la
dignité humaine par un usage impropre de la biologie et de la médecine".
Un large débat public est donc indispensable, qui ne peut être le
seul apanage des organismes éthiques car ceux-ci "ne semblent plus en
capacité d'énoncer seuls de manière convaincante" les repères
nécessaires. Il faudra avoir le courage de comprendre "nos
responsabilités personnelles", "avoir le courage de les assumer", et
repenser les fondements mêmes de nos lois de bioéthique.
Aucun organisme ne peut aujourd'hui certifier que les
encadrements successifs fixés par la loi, résisteront à la quête
effrénée de victoires promises sur la maladie et sur la mort, de
performances scientifiques et de résultats économiques. La fascination
pour ces "progrès" est si grande que la simple interrogation sur leur
légitimité devient un affront et l'on peut craindre que les Droits de
l'homme deviennent peu à peu, une notion obsolète. Procréation
médicalement assistée, tests génétiques, prélèvements d'organes,
interventions sur le génome humain, mort médicalement assistée : "les
fondements ainsi que la vocation du soin ne sont-ils pas bafoués en trop
de circonstances, au risque de considérer tolérables des mentalités, des
procédures et des actes préjudiciables à l'idée même de dignité humaine
?" "Les pratiques extrêmes de la biomédecine induisent des
représentations de l'homme et de la vie qui abolissent progressivement
les principes mêmes de la civilisation."
Emmanuel Hirsch invite donc à une réflexion pluraliste basée sur
des fondements cohérents et transparents "qui incarnent une conception
forte de l'idée d'humanité", au risque de devoir "refonder la
bioéthique." "ll y va d'enjeux démocratiques évidents."
Emmanuel Hirsch étant également directeur de l'Espace éthique de
l'Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), nous annonçons que
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de désigner
officiellement l’Espace éthique de l’AP-HP comme « Centre collaborateur
». Jusqu’à présent seules trois autres institutions à travers le monde
collaboraient avec l’OMS spécifiquement sur les questions éthiques : au
Chili, au Canada et aux États-Unis.
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