Alors
que s'ouvre aujourd'hui le colloque européen sur les effets de
l'environnement chimique sur la reproduction et le développement de
l'enfant (cf.
Synthèse de presse du 19/11/08), la presse revient largement sur la
dégradation de la fertilité masculine constatée depuis quelques années.
En 50 ans, le nombre et la qualité des spermatozoïdes ont diminué de 50%
environ ; le nombre de malformations génitales masculines est en hausse
et les cancers du testicule ont augmenté de 50% en 20 ans en France...
En Espagne par exemple, selon une étude publiée en octobre dernier par
des chercheurs de l'Institut Marques de Barcelone, près de 6 jeunes sur
10 auraient un sperme de qualité inférieure au seuil considéré par
l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme le début d'éventuels
problèmes de fécondité.
Même constat dans l'espèce
animal : au Royaume-Uni, des truites de rivière, vivant en aval d'usines
de traitement d'eaux usées dans lesquelles on trouvait trace de produits
et de médicaments chimiques, sont devenues hermaphrodites ; en Floride,
les alligators du lac Apopka dans lequel ont été déversés des
insecticides, ont vu la taille de leur pénis réduite au point de
compromettre leur reproduction.
Dans son éditorial, Dominique
Quinio, journaliste de La Croix, souligne les conséquences
humaines et économiques de cette baisse de la fertilité, "d'abord
pour les couples qui y sont douloureusement confrontés et font de plus
en plus souvent appel aux techniques médicales d'aide à la procréation"
et "ensuite parce que ces techniques ont un coût élevé" et que "les
différents modes de procréation "assistée" entraînent des
questionnements éthiques nouveaux et complexes, en bouleversant les
règles habituelles de la filiation"...
Au premier rang du banc des
accusés on trouve de nombreuses substances chimiques présentes dans
notre environnement, liées à notre mode de vie, et dont certaines
agissent comme des "perturbateurs endocriniens" c'est-à-dire qui
perturbent les fonctions endocriniennes cruciales pour la formation et
la santé de l'appareil reproducteur. Certaines de ces molécules
pourraient même agir in utero sur l'embryon. Dans une interview
accordée au Monde, Alfred Spira, directeur de l'Institut de
recherche en santé publique, montre en particulier du doigt les pilules
contraceptives : "les usines de traitement des eaux ne captent pas
les produits de dégradation de médicaments ayant des effets
œstrogéniques ou antiandrogènes, à commencer par les pilules
anticonceptionnelles".
Si, selon Alfred Spira, "la
première cause des problèmes d'infertilité reste l'âge tardif du désir
de procréation", reste que "la baisse de la production
spermatique pourrait faire craindre une augmentation des cas de
stérilité". Il attire l'attention sur la pollution chimique mais
aussi sur nos modes de vie, le stress, l'alimentation, la diminution de
l'exercice physique et le tabac. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire
d'Etat chargée de l'écologie, souligne elle aussi "la susceptibilité
inquiétante à notre environnement" et l'importance d'en informer le
grand public, tout en reconnaissant que "l'humanité n'est pas menacée
dans l'immédiat".
Rappelons l'entrée en
application de la procédure européenne Reach en juin 2007 qui oblige les
entreprises européennes à enregistrer, d'ici à 2018, les produits
qu'elles utilisent ou commercialisent auprès de l'Agence européenne des
produits chimiques (Echa) et à évaluer leurs risques sanitaires et
environnementaux. Actuellement, sur 100 000 substances commercialisées
en Europe, seules 3 000 produites après 1981 ont fait l'objet d'études
sanitaires.
La chaîne de télévision Arte
diffuse ce soir à 21 heures une enquête sur ce sujet intitulée "Mâles en
péril". |