Dans
Libération, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le
gynécologue-obstétricien François Olivennes fustigent le récent rapport
de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et
technologiques (OPECST) dans lequel les parlementaires se prononcent
contre une légalisation de la pratique des mères porteuses (cf.
Synthèse de presse du 18/11/08). Pour eux, les mères porteuses sont
une forme de "parenté moderne", "composée de la participation
corporelle d'un ou de plusieurs parents" et "n'est en aucun cas
un mode d'acharnement procréatif".
Les auteurs estiment qu'il
n'est pas juste que les femmes souffrant de pathologies utérines soient
les seules à ne disposer d'aucune solution pour avoir un enfant issu
d'elles - à moins de se tourner vers l'étranger moyennant des coûts
exorbitants - quand les femmes sans ovaires peuvent recourir au don
d'ovocytes, les hommes sans spermatozoïdes au don de sperme et les
couples stériles au don d'embryon. Ils tentent de démontrer que "penser
que la grossesse constituerait la maternité et donc qu'abandonner un
enfant que l'on a porté constituerait un dommage irréparable" est "un
postulat simpliste" en affirmant qu'"en langage psychanalytique,
la "maternalité" est un processus de maturation psychique qui est loin
de se calquer sur la grossesse et l'accouchement". "L'amalgame
entre état de grossesse et maternité induit une représentation biaisée
qui parasite la compréhension de la GPA [gestation pour autrui, NLDR]
dans le contexte de l'aide médicale à la procréation (AMP) qui a fait
"éclater" la notion de maternité en trois personnes éventuellement
différentes : les mères génétique, utérine et d'intention",
poursuivent-ils.
Ils se basent ensuite sur "les
études étrangères sur la GPA qui ont suivi des cohortes de gestatrices"
- sans en citer une seule - pour assurer que "des femmes peuvent
porter un enfant pour une autre femme sans souffrir de troubles
psychiques". Ils ajoutent ensuite que "pour un enfant, naître
dans une situation de gestation pour autrui dans laquelle il est relié
de manière naturelle à ses parents (car il a été conçu avec leurs
gamètes) est une situation sans doute moins compliquée que celles qui
existent dans certaines des formes de dissociations de la parentalité
prévues dans la loi de bioéthique, tel l'"accueil d'embryon" ou
le "don" d'ovocytes".
Les auteurs considèrent ensuite
qu'"il est totalement absurde de penser que des femmes pourraient
gagner leur vie de cette façon" et qu'"un strict encadrement peut
prévenir le risque de dérive". D'après eux, "les dédommagements
qui seraient proposés ne constitueraient en rien une rémunération".
Quant aux motivations des mères porteuses, ils certifient que "les
gestatrices font preuve (...) d'un acte de générosité extrême à
l'égard d'une femme désespérée".
"Le moment semble
venu d'admettre légalement une forme de GPA", concluent-ils, en
ajoutant évidemment qu'"il est bien entendu essentiel qu'en soient
délimitées clairement les indications médicales et que la future loi de
bioéthique l'encadre"... |