En
décembre prochain, la mission Leonetti, chargée de l'évaluation de la
loi sur la fin de vie, remettra son rapport au gouvernement. Après neuf
mois de travaux, le député Jean Leonetti, rapporteur, publie un ouvrage
intitulé "A la lumière du crépuscule" (Editions Michalon, 160
pages, 14 euros). Le Quotidien du Médecin dévoile quelques unes
des réflexions de l'auteur.
Jean Leonetti revient sur
l'affaire Sébire*,
à l'origine de cette mission d'évaluation. Selon lui, le traitement
médiatique qui en a été fait "a complètement éclipsé tout
raisonnement derrière". Sur un sujet aussi grave que celui de la fin
de vie, il est nécessaire de ne pas se laisser guider par l'émotion. Et
puis, "quand on connaît l'histoire médicale et qu'on voit comment les
choses se sont passées, on se dit que tout le monde a manipulé tout le
monde".
Il souhaite ensuite faire "évoluer
la conscience palliative" : "la médecine d'accompagnement
(...) n'est pas un pis-aller ou un complément", "ça n'est pas
parce qu'on ne va pas guérir les gens que l'on ne peut pas les soigner".
Sur la dignité et le respect de
l'autonomie, le député-médecin écrit : "le médecin n'est pas
l'instrument d'un malade qui viendrait chercher la mort comme un
self-service et, réciproquement, il ne doit pas considérer le malade
comme un objet à qui on inflige un traitement de la part d'un sachant
par rapport à un souffrant". Il poursuit sur les directives
anticipées en se prononçant contre une "lecture stricte" de ces
directives même si "a priori et moralement, les médecins doivent
suivre les directives anticipées, par respect pour celui qui les a
écrites".
Pour Jean Leonetti, la
légalisation d'une exception d'euthanasie est "une impasse" :
comment un comité pourrait-il décider de la vie ou de la mort des gens ?
Comment justifier la qualification d'exceptionnelle pour une situation
plutôt que pour une autre ? Et puis, d'après lui, "l'exception
d'euthanasie (...) est en fait une procédure simplifiée qui
existe aujourd'hui et qui est mal appliquée parce que la loi n'est pas
suffisamment connue des médecins mais aussi des juges" ; "dans
les cas les plus douloureux, où la mort a été donnée dans un contexte de
compassion et de détresse, les juges pourraient classer sans suite, sans
être obligés d'incriminer la personnes aux assises".
"La loi souffre
encore d'un manque de moyens", analyse-t-il. Enfin, Jean Leonetti
refuse que la loi se saisisse de sujets comme le suicide assisté, en
raison de "la fluctuation des volontés" : "j'aurais toujours
peur de donner la mort à quelqu'un qui a encore deux ans à vivre et qui
aurait pu peut-être changer d'avis". Il se dit toutefois partisan
d'"une sédation d'accompagnement sur les arrêts de traitement de
survie" et prône la mise en place d'"un système de consultants en
soins palliatifs qui viennent dénouer ces problèmes complexes [les
tensions existantes entre les familles et le corps médical concernant
l'acharnement thérapeutique ou le combat pour la vie]".
Il rappelle que le président de
la République, la garde des Sceaux et la ministre de la Santé pensent
que "la législation actuelle, avec des améliorations, est la bonne".
Enfin, il revient sur le combat
mené par l'Association pour le "droit de mourir dans la dignité" (ADMD).
Reprenant les termes de François Goldwasser (chef de service en
cancérologie à l'hôpital Cochin), ses membres prônent un "ex-progrès
devenu ringard". "C'est vrai qu'il fut un temps où il valait
mieux faire ça que l'agonie dans la torture. Mais, aujourd'hui, avec les
techniques qui sont en place, médicaliser la mort, c'est l'adoucir. Cela
s'apprend. Et c'est souvent par incompétence ou par peur que
l'euthanasie est réclamée ou qu'elle est donnée."
Parallèlement, suite à la
décision de la Cour de cassation italienne de "débrancher" Eluana
Englaro (cf.
Synthèse de presse du 14/11/08), les évêques italiens ont réclamé
une loi sur la fin de vie, rappelant que l'alimentation et l'hydratation
ne sont pas une forme d'acharnement thérapeutique, mais un soin
proportionné et que "débrancher" Eluana est un acte d'euthanasie.
*Agée de 52 ans et atteinte
d'une tumeur incurable, Chantal Sébire avait demandé à la justice,
mercredi 12 mars, la possibilité de "bénéficier d’un suicide
médicalement assisté" (cf.
Synthèse de presse du 13/03/08). Sa demande avait été refusée par le
tribunal de grande instance de Dijon le 17 mars (cf.
Synthèse de presse du 18/03/08). 2 jours plus tard, elle était
retrouvée morte à son domicile, après avoir absorbé un barbiturique (cf.
Synthèse de presse du 20/03/08). |