Pierre-Olivier
Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de
Fréjus-Toulon, revient dans Liberté Politique sur les critères de
la mort et les prélèvements d'organes.
Il rappelle la
polémique qu'a entraîné l'article du 2 septembre dernier de l'Osservatore
Romano
(cf. Synthèse de presse du 04/09/08) qui remettait en cause les
critères actuels de définition de la mort.
En France, il est stipulé qu'en
cas d’arrêt cardiaque ou respiratoire persistant, trois examens
cliniques sont nécessaires pour s’assurer du décès : "absence totale
de conscience et d’activité motrice spontanée, abolition de tous les
réflexes du tronc cérébral, absence totale de ventilation spontanée".
Pour s'assurer du caractère irréversible de la mort encéphalique, on
effectue, à quatre heures d’intervalles, deux électroencéphalogrammes
(EEG) qui doivent être plats ou l’on pratique une angiographie
encéphalique confirmant l’arrêt de la circulation sanguine. Lucetta
Scaraffia de l'Osservatore Romano contestait que "l’idée que
la personne humaine cesse d’exister quand le cerveau ne fonctionne plus,
alors que son organisme, grâce à la respiration artificielle, est
maintenu en vie, comporte une identification de la personne avec ses
seules activités cérébrales".
Rappelons ce que dit
l'Eglise en la matière. En août 2000, Jean-Paul II rappelait que les
membres de l’équipe médicale ayant la responsabilité de diagnostiquer la
mort pouvaient utiliser le nouveau critère [critère cérébrale] "au
cas par cas pour atteindre ce degré d’assurance dans le jugement éthique
que la doctrine morale qualifie de certitude morale". Cependant, il
ne faut pas réduire la personne à son cortex cérébral. Il faut prouver
que c'est l'intégralité de l'encéphale qui est concerné, et ce de
manière absolument irréversible.
Benoît XVI intervenait, le 7
novembre dernier, sur le sujet devant les participants d’un congrès
international sur le don d’organes qui s’est déroulé à Rome sous l’égide
de l’Académie pontificale pour la vie, de la Fédération mondiale des
associations médicales catholiques et du Centre italien de
transplantations
(cf. Synthèse de presse du 10/11/08). Il a rappelé à cette occasion
que les techniques de transplantation d’organes constituaient "une
grande conquête scientifique et un grand espoir pour tant de malades
graves". Il a parlé à ce sujet d'une "culture du don et de la
gratuité". Il s’agit d’un véritable "acte d’amour que l’on
exprime par le don de ses organes vitaux", "un témoignage de
charité qui sait regarder au-delà
de la mort pour que la vie l’emporte toujours". Il a précisé qu'il
était nécessaire "de lever les préjugés et les malentendus, de
dissiper les méfiances et les peurs pour les remplacer par des
certitudes et des garanties pour permettre une prise de conscience de
plus en plus large du grand don de la vie". Benoît XVI a confirmé
les propos de son prédécesseur en rappelant que "récemment, la
science a fait de grands progrès dans le constat de l’état de mort
et a ajouté : "là où la certitude n’est pas encore atteinte, le
principe de précaution doit prévaloir."C’est pourquoi il a demandé
que "les résultats obtenus reçoivent le consensus de la communauté
scientifique toute entière pour favoriser la recherche de solutions qui
donnent une certitude à tous".Toute décision arbitraire doit donc
être bannie car il n'est jamais permis d'agir avec une conscience
douteuse.
Comme le signalait la lettre
mensuelle
Genethique du mois de septembre, l’Agence de la biomédecine
autorise, depuis octobre 2006, à titre expérimental, des prélèvements
d’organes sur des personnes en état d’arrêt cardiaque "pour augmenter
le nombre de donneurs potentiels". Selon l'argumentation du pape, en
l’absence d’unanimité dans la communauté des spécialistes
des transplantations et en s’appuyant sur le principe de précaution, ne
faudrait-il pas surseoir momentanément à ces pratiques de prélèvement à
cœur arrêté permises "en toute discrétion" ?
Enfin, Benoît XVI condamne
"les abus de greffes et le trafic d’organes dont les victimes sont
souvent des personnes innocentes comme les enfants", mais fait
valoir que ce principe éthique s’applique de la même manière
"lorsqu’on veut créer et détruire des embryons humains à des fins
thérapeutiques".
Pour conclure, Pierre-Olivier
Arduin, rappelle les propos du cardinal Ratzinger en 1991, alors préfet
de la Congrégation pour la doctrine de la foi, lors d'un consistoire sur
le thème des menaces contemporaines à la vie humaine, qui affirmait :
"plus tard, ceux que la
maladie ou un accident feront tomber dans un coma irréversible, seront
souvent mis à mort pour répondre aux demandes d’organes". Il
rappelle qu'aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, il est
possible de prélever des organes chez des personnes placées dans un
contexte de prise en charge médicalisée et dont la situation conduit à
une décision médicale d'arrêt de traitement. Il craint alors que dans
certains pays, où la pénurie de greffons est chronique, on ne précipite
intentionnellement
la mort du patient dans le but de lui prélever ses organes. |