Dans
le quotidien Libération, Sonia Desmoulin, juriste et chargée de
recherche au CNRS, explique le but de ses travaux. Ceux-ci sont de deux
ordres l'un fondamental, l'autre pratique : "comment s'articulent les
relations entre le droit et les sciences dures ?" et "dans
quelles conditions, au terme de quel processus, peut-on encadrer
juridiquement des activités scientifiques et techniques ?".
Prenant l'exemple du développement
de la réglementation sur la souffrance
animale, elle explique que pour un avocat, ce concept "est une sorte
d'ovni". Le bien être animal doit être à la fois défini pour qu'il
soit fondé en science et pour qu'il puisse fonctionner en droit.
Elle prend aussi l'exemple de
la création des chimères homme-animal et constate que l'encadrement de
ces expériences varie beaucoup d'un pays à l'autre. Elle tente de
comprendre pourquoi et constate l'existence derrière cette question d'un
certain nombre d'enjeux : le statut de l'embryon humain, la protection
et le statut juridiques des animaux, l'intervention sur la "nature".
En Allemagne, où l'histoire influence les décisions, l'opposition aux
manipulations sur l'embryon humain est totale car elles évoquent des
fantasmes eugénistes nazis ; en Grande-Bretagne, la création de chimères
est autorisée et, en France, "où cette question n'a pas été
débattue publiquement, l'agence de la biomédecine a autorisé en
2006 un laboratoire à créer un modèle chimérique homme-souris pour
l'étude du sida en utilisant des cellules embryonnaires humaines".
Autre exemple au niveau des
nanotechnologies où elle constate "des situation paradoxales qui
soulignent une dissociation entre l'évaluation des risques et leur
encadrement".
Ces questions juridiques permettent de comprendre les rapports entre les
sciences et la société. Elle constate, qu'en France, la collaboration
entre les chercheurs en sciences dures, en sciences sociales et en droit
est peu développée. C'est pourquoi, explique-t-elle, a été créé un
réseau "Droit, sciences et techniques", ouvert à tous les
chercheurs. |