Jean-Yves
Nau revient dans Le Monde sur le rapport de Marie-Thérèse
Hermange (sénateur UMP de Paris) sur les cellules souches de sang de
cordon adopté, mardi 4 novembre, par la Commission des affaires sociales
du Sénat (cf.
Synthèse de presse du 05/11/08).
Il rappelle qu'aujourd'hui, en
France, la plupart des cordons ombilicaux sont détruits au même titre
que des déchets opératoires. Et ce, malgré les "larges perspectives
thérapeutiques quant à l'usage qui peut être fait de ces cellules
souches [extraites du sang de cordon]" ; perspectives ouvertes
notamment par le Pr Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris) qui
fut, à la fin des années 1980, l'une des pionnières de la greffe de sang
de cordon.
Actuellement en France, on
recense 7 000 unités de sang placentaire (USP) stockées quand les
experts estiment qu'il en faudrait 50 000 pour répondre aux besoins
nationaux. Pour pallier ce manque, les équipes médicales importent des
greffons sanguins pour un coût évalué entre 15 000 et 25 000 euros
l'unité. Ainsi, en 2007, 64% des greffons utilisés en France provenaient
de l'étranger ce qui a coûté 3,6 millions d'euros à l'assurance
maladie... Un plan national prévoit d'augmenter le nombre
d'établissements qui collectent le sang de cordon ainsi que celui des
maternités partenaires pour atteindre 10 000 USP stockées sur le
territoire d'ici la fin de l'année 2010. Marie-Thèrése Hermange plaide
elle pour "une politique de collecte plus ambitieuse" et estime
nécessaire de porter au moins à 50 000 le nombre d'USP d'ici 2020.
Le sénateur aborde aussi la
question des banques privées/publiques. Elle recommande d'autoriser "à
titre expérimental" l'implantation de banques privées, à condition
qu'elles travaillent en partenariat avec le réseau public. Aujourd'hui,
lorsque les parents acceptent que le sang de cordon de leur enfant soit
prélevé, cela relève d'un don anonyme. Ces dons sont inscrits dans le
registre national France Greffe de moelle, géré par l'Agence de la
Biomédecine et sont mis à disposition de la collectivité. Rappelons
qu'en France, si aucun texte n'interdit explicitement le développement
des banques privées, l'Académie nationale de médecine et le Comité
consultatif national d'éthique (CCNE) se sont, en 2002, prononcés contre
la création de banques privées. En 2006, ce fut au tour du Collège
national des gynécologues et obstétriciens de déconseiller "aux
professionnels de la naissance d'accepter de faire des prélèvements de
sang de cordon en vue d'une conservation dans une banque privée à la
demande des parents".
Une récente étude de
législation comparée sur cette question décrit le paysage juridique
européen en la matière et classe les pays en deux catégories. Dans la
première, on retrouve l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la
Pologne, le Royaume-Uni [et les Etats-Unis], où les textes ne disent
rien sur le statut des banques de sang placentaire et où coexistent
banques publiques et banques privées. La seconde catégorie regroupe les
pays, comme la Belgique, l'Espagne ou l'Italie, dotés de textes
déterminant le statut de ces banques. Alors que les banques privées y
étaient interdites, leur législation évolue et tend à les autoriser,
sous certaines conditions.
Lire en ligne le rapport et l'étude de législation comparée |